Cinéma d'émotions - Heures d'évasion - Echanges inspirés - Zapping critiquable . Livres (peu) aimés et Oeuvres inoubliables !...

23 novembre 2009

NUIGRAVE

de Lorris Murail
Roman - 330 pages
Editions Robert Lafont - novembre 2009

On est en 2030. La politique culturelle est à la restitution des oeuvres d'art primitif aux pays d'origine. Les cigarettes sont interdites à la vente et la consommation. On peut en trouver dans les curcuits illégaux, des Nuigrave (*) comme on dit. Les fumeurs sevrés s'en remettent aux dealers de patchs nicotiniques. Il s'en vend parfois découpés au millimètre carré. Une contrebande pour une libération fugace de la nicotine regrettée. Arthur est fonctionnaire au bureau de Rétro-archéologie de l'Office Européen de Restitution Patrimoniale. Or, quand son ex est assassinée sous ses yeux, il se retrouve lui-même au centre des plus dangereuses convoitises : celles pour la coarcine, plante dont on extrait le TCC (tétracoarcinicol), une redoutable drogue qui modifie la perception du temps. Car son ex a travaillé sur cette plante d'Amazonie, mais aujourd'hui, c'est lui qui se retrouve contre son gré détenteur des deux derniers plants de coarcine... Poursuivi, il se retranchera au PK, le Petit Kosovo, un bidonville où survivent des réfugiés, une zone de non-droit dans laquelle on ne reste pas longtemps vivant...
Nuigrave est un thriller qui flirte avec le roman d'anticipation. Une période future assez proche, juste une vingtaine d'années devant nous, où l'auteur a imaginé un monde répressif, où la lutte anti-stupéfiant irait jusqu'à interdire à quiconque de fumer, où les guerres notamment au Proche-Orient feraient toujours rage, où des banlieues surpeuplées de réfugiés d'Europe de l'Est et d'Afrique seraient des zones abandonnées, où des Emirs blancs auraient une influence inconsidérée sur l'ensemble des pouvoirs en place. Un monde pas très rose, d'où justement on rêverait de s'évader.

Extrait :
"Je sentis que nous allions abandonner les questions archéologiques pour un sujet plus moderne. Le commissaire ouvrit un tiroir pour y prendre une grande enveloppe croustillante qu'il déchira à grand bruit en tirant sur une bande verte.
- Je la descelle devant vous, fit-il remarquer.
Il secoua l'enveloppe jusqu'à faire tomber un morceau de carton recouvert de papier argenté où se trouvait collé un patch rose saumon.
- Ce patch a été saisi au-dessus de votre fesse gauche par les douaniers de l'aéroport Roissy IV. Vous admettez les faits ?
Je haussai vaguement les épaules, gardant mon éclat de rire pour plus tard."

Avec beaucoup d'humour dans son écriture, de cynisme aussi, Lorris Murail entraîne son lecteur dans une fuite glaçante.
Cependant, le rythme n'est pas toujours soutenu et on a peine à toujours suivre Arthur dans les méandres des 320 pages du roman.
Pourtant beaucoup d'idées et d'aspects de cette fiction m'ont beaucoup plu : la rétrocession patrimoniale, la prohibition, les nouvelles voies de trafic de drogue, et beaucoup de clins d'oeil qui nous ramènent à notre époque d'aujourd'hui tout en laissant imaginer son évolution potentielle... Mais il a manqué quelquechose, un fil plus conducteur, certaines explicitations plus claires, pour en faire selon moi, un grand roman captivant de bout en bout. _____________ [merci à Blog-O-Book !]


(*) Définition de : "Nuigrave" [Nom Masculin]
Ajouté au Dico des mots le 01/04/2007
Synonyme de cigarette : abréviation de 'nuit gravement à la santé'
Exemple : Euh, s'cuze moi msieur, tu me lâches une nuigrave?

Source : http://www.dico-des-mots.com/definitions/nuigrave.html

L'avis d'Elfique - Côté Lecture
L'avis de Hérisson08 - Délivrer des livres ?

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22 novembre 2009

CINE-TAGGEE

Taggée par Laëtitia, je ne peux me défiler. Voici donc mes réponses aux questions Cinéma !

1 – Un film que vous regardiez étant jeune et qui vous remplit de souvenirs :
Pas de télé étant jeune, donc pas de cassette vidéo à la maison. Le ciné, parfois.

2 – Un film que vous connaissez absolument par cœur :
Aucun. Pas une assez bonne mémoire pour retenir les textes en le visionnant qu'une seule fois....

3 – Un film qui a bouleversé votre jeunesse :
"Eldorado", de Charles Binamé, un film québécois de 1995, pas connu du tout et je sais pas pourquoi. Avec Pascale Bussières sur ses rollers dans Montréal sous la canicule... Et un mec chauve qui avait la voix de Maurice de Ouï FM... Un truc déjanté, tendre, avec beaucoup de belles couleurs vives je crois. Qu'est-ce que j'aimerais le revoir !!! Si ça se trouve je trouverais ça tout nul...

4 – Un film que vous auriez aimé écrire/produire :
"Rumba" , de Dominique Abel, Fiona Gordon, & Bruno Romy. Mais ça aurait été impossible : il faut être belge et danseur pour faire le film (les asteurs sont aussi les réalisateurs)

5 – Un film qui vous a donné envie de faire du cinéma :
"C'est beau une ville la nuit" de Richard Borhinger, pour avoir la chance de côtoyer ces 2 familles si attachantes du cinéma français : les Borhinger et les Stévenin !

6 – Un film que vous avez regardé plus d’une fois :
"Ghost Dog - La voie du samouraï" de Jim Jarmush, sous la contrainte de mon frère, un grand fan du film, mais assez consentante tout de même !

7 – Le film que vous avez vu en dernier au cinéma :
"Rapt" de Lucas Belvaux, article à venir.

8 – Un film dont vous avez regretté d’avoir payé la place :
Je ne suis pas encartée, je paie la place heureusement pas trop cher dans ma ville, de 3 à 6 euros en fonction des cinémas. Mais j'ai néanmoins regretté d'avoir payé 3 euros pour voir "(500) jours ensemble", pourtant repéré au festival de Sundance...

9 – Un film qui vous fait réfléchir sur la vie :
Réfléchir sur le prix de la vie, sur le bouleversement de la maladie, sur l'acceptation de la mort : "Les invasions barbares" de Denys Arcand, avec un Stéphane Rousseau bouleversant.

10 – Un film qui vous a donné envie de tomber amoureuse :
"The constant gardener", de Fernando Meirelles, pour la dimension énorme, indéfectible, de l'amour de Justin Quayle (joué par Ralph Fiennes) pour Tessa.
11 – Un film qui vous a fait tordre de rire :
"Les derniers jours du monde" des frères Larrieu. Pas non plus exactement tordre de rire, mais éclater de rire souvent, sourire de façon béate, même 1 heure après être sortie de la salle de ciné. Un sourire qui ne me quittait pas après ce film jubilatoire, plein de malice et qui a provoqué une sorte de joie indescriptible...

12 – Un film qui vous a révélé un acteur que vous suivez à présent :
Louis Garrel, auquel j'ai succombé depuis "Dans Paris", "Les chansons d'amour"... de Christophe Honoré. Du coup, je suis tentée de suivre autant le réalisateur que l'acteur...

13 – Un film qui vous a fait pleurer comme une madeleine :
Pleurer comme une madeleine, peut-être pas, mais quand même, le documentaire "Maria Bethânia, musica e perfume" m'a bien remuée par l'intensité de la voix de cette chanteuse brésilienne hors pair.

14 – Un film dont vous avez aimé un personnage en particulier :
Le jeune lieutenant Jalil Lespert dans "Le petit lieutenant", ou Clotilde Hesme , qui joue Claire, une jeune fille dynamique dans "Le fils de l'épicier". Pour leur fraîcheur, leur spontanéité.

15 – Un film que vous regardez chaque année :
Aucun. J'ai pas le réflexe DVD. Et comme les films ne ressortent pas au cinéma chaque année... Et qu'à la télé c'est toujours les mêmes qui reviennent à Noël.........

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21 novembre 2009

A L'ORIGINE

de Xavier Gianolli
Drame - 2h10
Sortie salles France - 11 novembre 2009
avec François Cluzet, Emmanuelle Devos, Gérard Depardieu, Soko, Vincent Rottiers, ...

Un homme erre dans la région de Lens, à la recherche de petites escroqueries à réussir. Un jour il tombe sur un chantier à l'abandon, celui de l'autoroute A61, délaissée par la société CGI pour des raisons écologistes. Comme il se fait passer pour Philippe Miller, responsable logistique CGI, il est bientôt repéré par les entrepreneurs et les habitants qui mettent en lui tout leurs espoirs de voir le chantier reprendre dans leur région. C'est l'occasion pour lui de jouer son meilleur coup. Il monte de toutes pièces une nouvelle fausse société filiale de CGI et berne fournisseurs et boite d'intérim, en touchant au passage les 15% qu'aucun partenaire ne consent à lui refuser, trop heureux de faire partie de l'énorme projet. Il a 90 jours avant de payer ses fournisseurs, et le chantier doit être le plus rapide possible. Mais évidemment, les ennuis ne manquent pas, des accidents, le mauvais temps s'acharne, et plus tard, le banquier et les hommes qu'il a trompé...
Je suis allée voir ce film sans grande conviction et j'en suis ressortie très convaincue ! Inspiré d'un fait divers réel, A l'origine porte à l'écran une histoire incroyable, celle d'un escroc paumé, et celle aussi d'une région, d'habitants prêts à tout donner pour que leur terre redevienne un bassin d'emploi.
François Cluzet, comme toujours, joue à la perfection. D'un bout à l'autre du film j'ai ressenti cette tension, celle qui transparaît quasi tout le temps sur son visage. Celle qui l'empêche souvent de communiquer, de parler. Celle qui le rend si atypique. Les très rares moments où le personnage se déride paraissent exceptionnels, liés peut-être à la folle inconscience de Philippe Miller.
Et que dire de Gérard Depardieu, dans un second rôle qu'il incarne à merveille, imposant, menaçant, trafiquant expérimenté. Et rancunier...

Les autres seconds rôles aussi sont convaincants. A part Emmanuelle Devos, on découvre deux jeunes acteurs très prometteurs, Soko et Vincent Rottiers, formant un très jeune couple pressé de tourner le dos à la galère des petits boulots et des petits trafics.
Avec ce film on réfléchit au symbole du travail, et à tous les espoirs et les énergies qu'il engouffre. Le but importe peu. Ce tronçon d'autoroute n'a jamais eu de justification, mais une légitimité par les heures de boulot effectuées. Et on pense à cet homme, qui se fait appeler Philippe Miller, qui paraît-il existe. On réfléchit pour essayer de comprendre ce qui l'a poussé à agir ainsi.
A la fois inhumain, inconscient, n'ayant aucun scrupule à mentir, flouer, tromper ceux qui croient en lui, malgré les conséquences inéluctables.
A la fois très humain, reconnaissant envers Monika qui s'occupe si gentiment de lui à l'hôtel, envers le copain de celle-ci, même s'il lui vandalise sa voiture... Et puis il devient amoureux, découvre ce qu'aimer veut dire, a envie de changer de vie... mais le piège se referme sur lui.
Et on n'arrive pas à le juger.
Film réussi, après lequel on ne porte plus le même regard sur les machines élévatrices et autres engins de chantier...
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17 novembre 2009

LES ENSEMBLES CONTRAIRES - Tome 2

de Kris, Eric T. et Nicoby
Bande dessinée - 220 pages
Editions Futuropolis - septembre 2009


Chris et Eric, que rien ne destinait à devenir amis (voir Les ensembles contraires - Tome 1) le sont toujours. L'un étudiant, l'autre, précaire, entre le Foyer des jeunes Travailleurs de Brest et le domicile de sa mère, alcoolique. Chacun sa vie, mais leur amitié est bien commune. Nombreuses sont les occasions qu'ils ont de se voir, de passer des soirées ou des week ends ensemble. Ils traverseront aussi des moments difficiles, des heures sombres où il faudra savoir se soutenir, remonter le moral de l'un ou sortir l'autre de ses morbides tentatives de suicide...
C'est un journal intime à 4 mains, voir 6 puisque le cousin de Chris intervient pendant quelques pages. Un journal intime masculin, pétri d'amitié, de non-dits, de souffrance, d'amour, de souffrance d'amour aussi et de poursuite du bonheur.
Un tome 2 un peu plus monocorde, avec lequel forcément on n'a pas l'effervescence de la découverte. Mais un second tome tome de qualité.
Malgré certaines phrases de narration un peu tirées par les violons m'ont légèrement déçues :
"compte sur moi, sur nous, sur qui tu trouves, mais t'arrête surtout pas de compter. T'arrête pas, copain, t'arrête pas" mais de nombreuses autres ont rattrapé le coup : "quand la vie nous laisse à poil, on se contente des moindres riens..."
C'est poignant parce qu'on sent leur sincérité, et le bonheur de ces deux-là, Kris et Eric T., à se retrouver tous les deux, quinze ans plus tard, autour de ce projet de bande dessiné, réussi de surcroît.
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15 novembre 2009

LES HERBES FOLLES

d'Alain Resnais
Comédie dramatique - 1h44
Sortie salles France - 4 novembre 2009
avec Sabine Azéma, André Dussolier, Mathieu Amalric, Emmanuelle Devos, Anne Consigny...
Prix exceptionnel du Jury - Cannes 2009

Un jour, Marguerite sort de chez le chausseur (elle prend plaisir à ce qu'on lui prenne son pied...) et se fait arracher son sac à main. Un homme à scooter après lequel elle ne va pas courir, s'enfuit. Quelques heures plus tard, un certain Georges Palet trouve un portefeuille rouge, qui s'avère appartenir à Mlle Marguerite Muir. Il se rend au commissariat de police pour le déposer, mais en même temps juge qu'il est préférable d'avertir par lui-même cette inconnue pour le lui annoncer.
Georges est un homme marié à une femme délicieuse, mais son caractère assez nerveux, et son inactivité, contribuent sans doute à rendre obsessionnelle l'envie de joindre cette inconnue...
Les herbes folles poussent là où on ne les attend pas, là où elles ne sont pas souhaitées. C'est ainsi. Les herbes folles est un film doux dingue. Assez déjanté. Surfant sur la poésie et l'absurde. Les personnages le sont. Georges (André Dussolier) est seul pendant les journées, alors il gamberge pas mal, mais il paraît inquiétant, semblant refouler une certaine violence, paraissant craindre la police à cause d'éventuels antécédents, ayant souvent un comportement inattendu (quelles réponses sèches il fait à celle qu'il semble désirer !). Un personnage bizarre. Comme tout les autres. Comme aussi le flic (Mathieu Amalric) que Georges dérange pendant une fête du commissariat, mais qui par la suite ne se résigne pas à le laisser quitter les lieux... Comme la femme de Georges qui semble exempte de toute jalousie vis-à-vis de son mari et de ses amantes fantasmées ou réelles...

Bref, on ne sait pas trop sur quelle planète on est mais l'histoire prend corps et prend forme par le travail de réalisation, par ces couleurs chaudes, vives, très présentes, et le jazz suave... Il faut lâcher prise et la mayonnaise prend, on apprécie alors l'humour d'Alain Resnais. Les sentiments sont comme des herbes folles que l'on maîtrise mal. D'abord harcelée, exaspérée par ce Georges insistant qui se fait des films, Marguerite aura des remords, voudra vivre cet amour... mais c'est sans compter sur le tempérament du mystérieux père de famille...
On peut rester sur sa fin, on peut passer à côté de ce film, mais il serait dommage de ne pas se laisser séduire par son originalité farfelue, par sa poésie et son esthétisme.
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13 novembre 2009

CARNET DE VOYAGE AU PAKISTAN - Tomes 1 & 2

La Tentation
de Renaud De Heyn
Bande dessinée - 44 et 62 pages
Editions La 5e couche - mai 2002 et sept. 2003

En 1995, Renaud quitte Bruxelles en stop pour rejoindre Pékin avec un ami. Tout au long de ce trajet, il est des périodes où ils ont fait route à part, après la Turquie. Et c'est son périple à partir de la Syrie, en traversant le Kurdistan turc, le Baloutchistan, avec l'Iran en ligne de mire. Mais c'est la plus grande province du Pakistan qui est le sujet de ces carnets de voyage, une immersion culturelle pendant laquelle Renaud a côtoyé des hommes (pas de femmes), leur culture et leur réalité politique, et cherché à connaître le fondamentalisme religieux qui imprègne cette région de l'Asie, avec l'envie d'échapper à ses a priori d'Occidental et de répondre favorablement à ceux qui souhaient lui faire découvrir leur Islam.

Il faudrait lire une première fois les albums pour leurs textes, puis les reprendre, en y consacrant plus de temps, à savourer les croquis, les aquarelles, les illustrations, les collages, les dessins qui illustrent chaque page. Le graphisme est riche et de toute beauté, alors une lecture classique peut empêcher de leur consacrer toute l'attention méritée.



Extrait :
"Je passe le plus clair de mon temps à me balader et à dessiner.
Chaque dessin possède, hors-champs, une histoire. J'étonne, j'amuse et je perturbe l'ordre public."
"Je n'ai pas fini ceci étant donné qu'il y avait une dizaine de policiers qui n'étaient pas très patients. Menace de pendaison +/- à la rigolade. Dangerous area."


Avec curiosité, respect, humanisme, Renaud découvre le pays et croque les scènes qui se déroulent sous ses yeux. L'hospitalité règne et il bénéficie de l'accueil de certains habitants. Dans le second tome, il est question du mariage, des relations intimes, et de la religion. 3 sujets bien sensibles, qui mettront les nerfs du voyageur à rude épreuve ! Malgré tout, la tentation de la conversion à l'Islam s'emparera de lui...
On pense à la BD Le Photographe de Guibert, Lefèvre & Lemercier qui relate une mission humanitaire au Pakistan et en Afghanistan. Mais ici il n'y a pas de photo, et pourtant le réalisme est saisissant, on perçoit le soleil écrasant, et les couleurs des échoppes même pour les croquis noir&blanc.

Snif, je n'ai pas le 3e tome sous la main....
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L'avis d'Hervé - Bons livres, bons amis (mais que devient Hervé ?)

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11 novembre 2009

LES BELLES CHOSES QUE PORTE LE CIEL

de Dinaw Mengestu
Roman - 280 pages
Editions Albin Michel - août 2007
Editions Livre de Poche - octobre 2009
Prix du roman étranger 2007

Sépha tient une modeste épicerie dans une banlieue de Washington. Immigré éthiopien, il mène une morne existence depuis 17 ans, jalonnée par ses lectures quotidiennes dans l'attente du client, ses retrouvailles régulières avec ses deux amis kenyan et congolais, et ses terribles souvenirs du passé. Avec cynisme ils parlent du continent africain et de sa richesse en coups d'état. Le jour où, sur la place, s'installe Judith, une femme blanche accompagnée de sa jeune fille métisse, un vent nouveau balaie la vie renfermée de Stéphanos.
Dinaw Mengestu a réussi un premier roman d'une grande sensibilité, sûrement en rapport avec certains éléments de sa propre vie d'immigré américain d'origine éthiopienne. On s'attache bien vite au personnage de Sépha, cet épicier discret. Quand il fait la connaissance de Judith et Naomi, la belle et riche femme lu isemble innaccessible, mais la petite Naomi, curieuse, espiègle, peu timide, brise vite la glace et passe de nombreuses heures en compagnie de Sépha, dans sa boutique.

Extrait :
""Tu sais, les enfants ne devraient pas parler comme ça", lui dis-je un jour.
Elle haussa à nouveau les épaules, en baissant les yeux d'une façon qu'elle semblait avoir répétée.
"Je sais, dit-elle. Mais je ne suis pas une enfant.
- Tu es quoi, alors ?
- Je suis une adulte.
- Tu as onze ans.
- Et toi, tu as quel âge ?
- Beaucoup plus.
- Et alors, tu veux prouver quoi ? Que je dois être stupide jusqu'à ce que je sois plus vieille ?
- Exactement. Pourquoi crois-tu que les gens aiment les enfants ?"
Un après-midi, nous avions épuisé tous nos sujets de conversation, il nous fallut en inventer de nouveaux. A l'issue de sa visite, nous avions créé tout un univers alternatif, uniquement peuplé d'animaux. Le monde s'en trouvait bien simplifié. Debout devant la caisse, les coudes à peine posés sur le comptoir, Naomi avait fait ce qu'elle savait le mieux faire. Ordonner.
"Raconte-moi une histoire", dit-elle."

Ils deviendront très vite complices. Pour autant, l'histoire ne sombre pas dans le classique roman à l'eau de rose, et la relation unissant Judith à Sépha restera complexe, voire inachevée. Chacun des deux doit vivre avec un passé qui remonte à la surface : Sépha avec les sanglants évènements de la Terreur Rouge qui le poussèrent à l'exil, laissant deriière lui sa famille, et Judith avec le père de Naomi, fantôme qu'elle semble vouloir fuir, regrettant l'absence de père pour sa fille. Entre eux, les barrières sociales plus que raciales, et la vie du quartier en proie à des dégradations ciblées et des rumeurs d'expulsions et de rachat immobilier.
Un roman qui aborde de nombreux thèmes américains actuels, qui soulève la nécessité de prendre le temps de prendre du recul sur sa propre vie, sans forcément sans cesse aller de l'avant dans une Amérique qui ressasse ce leitmotiv, au détriment de son passé. _____________[Merci à Suzanne, de ChezLesFilles !]
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L'avis de Sylvie - Passion des Livres

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08 novembre 2009

L'INVISIBLE

de Pascal Janovjak
Roman - 300 pages
Editions Buchet-Chastel - août 2009
Dans la riche et proprette contrée du Luxembourg, il est un homme, comme tant d'autres, qui perd sa vie à courir après l'argent, à vivre seul sans relations amicales, fraternelles, familiales. Avocat d'affaires sans ambition, il vit sans conviction, évitant ses collègues pendant les pauses, regrettant de faire ce métier qu'il n'aime pas. Un jour, alors qu'il prend sa douche, son corps se dématérialise soudainement : il devient invisible. Mais il est toujours vivant. Plus vivant que jamais même. Il se faufile, observe ses contemporains, voyage librement, assouvit même ses désirs sensuels. Cette expérience le libère de ses peurs, lui donnant des pouvoirs inhabituels, lui permettant de nombreuses folies. Insaisissable, il se retrouve en Sardaigne, puis traverse la Méditerranée...
Ce roman est une véritable belle surprise, un livre magistral, très riche.
D'abord et très vite, il y a le style de Janovjak, une plume espiègle, poétique, séduisante.
Extrait :
"Mes sens étaient constamment en alerte, plus affûtés peut-être, comme pour compenser mon manque d'opacité. Jamais je n'avais prêté tant d'attention aux parfums, que je pouvais dorénavant respirer à même les nuques. Il y en avait qui m'enivraient comme des alcools trop forts, d'autres qui excitaient mon désir, des chauds, des mielleux, des écoeurants, des alchimies complexes, subtilement mêlées à la peau, d'autres posés comme à la truelle. Des femmes qui sentent l'animal, d'autres qui ne sentent rien, les pires. Un soir je fus surpris par l'odeur de ma propre sueur, aigre, répugnante. Mon corps était bien là, je pouvais le toucher. Il fallait juste que j'y pense, parfois, que je n'oublie pas de me laver, de me brosser les dents, de me curer les oreilles, en faisant confiance à mon toucher. C'était peu cher payé pour les plaisirs qui m'attendaient."
Ensuite il y a cette histoire loufoque. Devenir invisible. Mais l'auteur a étudié les conséquences possibles, et dans ce cas, il y a seulement la lumière qui traverse ce corps, mais son corps n'a pas disparu, son métabolisme ne s'est pas tu : il transpire, il digère, il se salit et se couvre de poussière, se dessine sous la pluie, il est consistant, peut provoquer des chocs, renverser les objets, se trahir par les bruits provoqués. Alors notre héros, invisibilité pour invisibilité, veut passer le plus possible inaperçu, ne jamais être détecté pour pouvoir être entièrement libre. Il faut faire attention à se déplacer exclusivement nu, sans clé ni aucun accessoire, éviter de sortir sous la pluie, s'empêcher de lâcher des paroles qui feraient sursauter l'entourage....
Monsieur s'accorde quelques bons moments, se délace sur la côte sarde. Et puis un jour, un homme sur la plage retient son attention. Et il le suivra très loin.
C'est aussi un livre qui marque par sa poésie, son côté fabuleux (de fable) et la mise en cause d'une société qui rend des hommes transparents, sur lesquels le regard des autres ne fait que glisser. Et là, pour le coup, la véritable invisibilité l'a rendu tout puissant.... mais seul, bien évidemment.
Pascal Janovjak a tenu le pari jusqu'au bout et la fin n'est pas ratée. Pour un premier roman, c'est plus que prometteur !

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com
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05 novembre 2009

SIN NOMBRE

de Cary Joji Fukunaga
Drame - 1h36
Sortie salles France - 21 octobre 2009
avec Edgar Flores, Paulina Gaitan, Kristian Ferrer, ...
Prix du meilleur réalisateur - Festival de Sundance 2009
Prix du Jury - Festival de Deauville 2009
Au Mexique, Chiapas, le jeune Casper est membre du gang La Mara et commence à recruter de plus jeunes que lui, comme Smiley, bravant les réticences de la grand-mère méfiante et avisée. Comme tous les membres de la Mara, il est protégé par le chef, le terrible LilMago. Mais quand ce chef en arrive à tuer la petite amie de Casper, celui-ci ne peut ravaler sa soif de vengeance. Il tuera Lil Mago, l'empêchant alors de commettre le viol d'une immigrée en partance pour les Etats-Unis, Sayra. Ces deux adolescents dès lors en fuite continuent leur route ensemble. Sayra doit arriver à passer la frontière. Casper lui, n'a plus de but, il sait qu'il est condamné à mort, il ne sait juste pas encore quand et par qui....
Vu il y a déjà une semaine, je garde le souvenir de la claque donnée par ce film. Sans concession, Sin Nombre plante ses personnages dans une réalité sans nom, une violence inouïe, une tension permanente, en exposant comme dans un documentaire de nombreux aspects de ces deux tragédies contemporaines. Tragédie des gangs latino-américains impitoyables, ultra stucturés avec des codes et des rites de clan hors-la-loi, dont les membres les plus sceptiques, comme Casper, ne pourront jamais échapper. Tragédie des familles qui entreprennent le long voyage vers leur Eldorado (on repense au roman de Laurent Gaudé, avec cette fois-ci les migrants du sud au nord de l'Amérique) à travers Sayra qui part accompagnée de son oncle et de son père qu'elle vient juste de retrouver après des années de séparation. Les épreuves ne manqueront pas sur leur route, et malgré l'expérience des passeurs, la traversée du Salvador, du Guatemala et du Mexique ne lui accordera que très peu de répit, et lui ôtera les hommes qui la protègent.

C'est impressionnant. Quand les paysages traversés à dos de train sont de toute beauté, on ne peut pour autant baisser la garde, le danger est partout.

C'est impressionnant par le jeu de ces acteurs, parfois très jeunes, qui sur leurs visages laissent voir une tension inhumaine, une clairvoyance qui lutte avec la résignation ou l'espoir.
Bref, c'est dur, saisissant, beau parfois. Une tragédie qui émeut puisqu'on la sait peu éloignée des réalités contemporaines.
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L'avis de Kilucru - Les Irréductibles

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02 novembre 2009

INES

de Loïc Dauvillier et Jerôme d'Aviau
Bande dessinée - 100 pages
Editions Glénat - mars 2009

Mais que se passe-t-il dans l'appartement d'à côté ? Tous les soirs on entend la petite fille hurler le nom de sa maman... Alors un jour, une habitante de l'immeuble va voir, sonne à la porte en entendant toujours les cris de l'enfant, mais quand le père la rassure en expliquant que la petite Inès est très colérique, elle rentre chez elle, soulagée. Pourtant, le drame qui se déroule chez ses voisins est bien plus grave. La mère d'Inès est maltraitée par son mari, et est enfermée dans cette violence conjugale, que l'entourage se refuse à accepter.
Inès est un album qui se lit d'une traite, qui se regarde et se ressent surtout, car beaucoup de ses cases sont muettes. Ce mutisme n'empêche pas l'extrême violence conjugale de se dégager à travers les traits noirs du dessinateur.
C'est court mais efficace, vraiment percutant.
Un roman graphique vraiment réussi sur un thème difficile, trop souvent tabou, surtout pour le voisinage...
C'est incroyablement bien brossé. En plus de la violence physique, il y a cette violence dans les mots du mari ingrat à sa femme, ce dédain insupportable dans ses gestes, dans sa façon de s'adresser à elle sous l'oeil de son ami. Et puis l'alcool pour couronner le tout. Un cocktail malheureusement assez courant, qui conduit à la dégradation de l'estime d'une femme.
Alors il reste peu de solutions, de ce foyer funeste il faudra s'échapper avant qu'il ne soit trop tard...
Et cette fin... Terrible.
Que d'émotions ! J'en avais le coeur noué.

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01 novembre 2009

CHEMINS DE FER

de Benoît Duteurtre
Roman - 200 pages
Editions Fayard - août 2006
Editions Folio Poche - 2008

Florence mène une double vie. La semaine (2 - 3 jours tout au plus), c'est une cadre dynamique dirigeant à Paris une agence de communication. Elle s'investit avant tout pour pouvoir s'échapper dès que possible dans un village perdu où elle a une maison. Dans cette campagne isolée, elle respire, et savoure tout ce qui fait de ce paysage l'antidote de sa vie parisienne. Elle s'y rend toujours par le train et elle analyse les évolutions de la gestion des chemins de fer français, avec crainte. Car le service public pourrait ne plus perdurer. Et puis il y a autre chose qui la chiffonne : cette uniformisation urbanistique, avec ce lampadaire qui se dresse depuis peu devant sa résidence secondaire : un réverbère flambant neuf qui jure avec les collines bucoliques et l'idée qu'elle se fait de la Province...

Le livre est intéressant et je découvre Benoît Duteurtre avec beaucoup de curiosité. Chemins de fer est curieux : ce roman n'en est pas vraiment un car il n'y a pas vraiment d'histoire. Juste cette femme qui fait des allers-retours entre Paris et son village favori. Mais l'important est ailleurs, plûtot dans la réflexion apportée aux évolutions de nos temps modernes et en particuliers celles des services et du système de la SNCF et également de la vision que les urbains ont de la Province telle qu'ils veulent la conserver.
Extrait :
"Samedi 26
Quitter la gare en taxi, filer sur la nationale en direction du col ; tourner dans la vallée encaissée où les noms de hameaux se succèdent dans un ordre précis... Quand s'égrènent les derniers kilomètres, je retrouve chaque détail des voyages de mon enfance. Aujourd'hui, comme nous remontions le long de la rivière, le chauffeur m'a parlé de pêche à la ligne. Le cours d'eau sinuait parmi les grandes herbes de la prairie. Une lumière dorée d'automne éclairait les sapinières accrochées aux pentes rocheuses. Là-haut, sur la montagne, j'ai reconnu la ferme de Paul dont la cheminée fumait au milieu de sa clairière. Soudain, par la vitre baissée, j'ai aspiré une bouffée plus âcre et plus noire ; celle du camion de marchandises polonais qui, depuis dix minutes, ralentissais notre avancée."
Avec les mots simples d'un journal intime, l'auteur arrive à faire passer de façon très précise ce que l'on imagine être son sentiment sur la nostalgie et la déception que provoque chez beaucoup d'entre nous la progression du "modernisme" là où on veut voir subsister l'"authentique". C'est très bien décrit je trouve et je ne m'aventurerais pas dans la paraphrase médiocre. (avez-vous digéré la phrase précédente ?.... Si oui bravo ! ;-))
Avec Chemins de fer j'ai voyagé, j'ai eu froid, je me suis mise à la place de cette Florence citadine mais aussi des paysans indigènes...
Pas mal.
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Train-train ? Modernité ? - Train de livres

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30 octobre 2009

MARY ET MAX

d'Adam Elliot
Film d'animation - 1h30
Entre Mary, jeune australienne introvertie, complexée par la tâche brune de son front, vivant, sans ami, avec sa mère alcoolique, et Max, newyorkais très seul, isolé de par son autisme et son obésité, il va s'établir une relation épistolaire d'abord anodine puis de plus en plus importante, essentielle. Tout a commencé le jour où Mary, impatiente d'être fixée sur l'origine des bébés, arracha au hasard une page de l'annuaire pour poser sa question par écrit au premier venu...
Tout de suite, la prouesse technique impressionne. Un travail minutieux de mise en scène et d'animation de véritables poupées en pâte à modeler a conduit à ce film époustouflant au cours duquel aucun défaut ne transparaît et qui nous incite à croire que le graphisme est uniquement numérique, ou même carrément issu de réels personnages en chair et en os !

Et puis après il y a cette relation si infime mais si vitale qui s'instaure entre ces deux êtres noyés dans leur solitude et leur difficulté d'être. Le film est inspiré d'une histoire vraie, mais je trouve ça inutile de le mentionner, comme un label qui dirait "histoire vraie = bon film" ou "émotions vraies". Les émotions - tristesse, malaise, espoir, tendresse - on les ressent grâce au travail du réalisateur, des techniciens, de leur talent. Que ce soit "inspiré" (très vague comme notion) d'une histoire vraie ou non, on s'en fiche et la qualité comme la pertinence du film n'en dépend pas.

Et ici, nul doute, la qualité est là, on s'en met plein les yeux et plein le coeur.
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