Cinéma d'émotions - Heures d'évasion - Echanges inspirés - Zapping critiquable . Livres (peu) aimés et Oeuvres inoubliables !...

21 mai 2013

EN SOUVENIR D'ANDRE

de Martin Winckler
Roman - 200 pages
Editions POL - octobre 2012
Martin Winckler est depuis longtemps sensible à la douleur de ses semblables. Il refuse d'être le médecin qui a tout pouvoir sur ses patients : le pouvoir de tuer, d'amputer, de diminuer, également le pouvoir de maintenir en vie à tout prix. Lui est à l'écoute. C'est pourquoi, pour de nombreuses personnes souffrantes qui n'espéraient plus rien de la vie sauf une fin libératrice, ont fait appel, dans la discrétion, à sa confiance et sa compétence dans le soulagement des douleurs et dans la fin de vie compréhensive. Des anonymes qu'il écoute et dont il retranscrit les paroles par la suite. Des anonymes qui se confient. Jusqu'au jour où il tombe amoureux d'une femme dont il vient d'accompagner le père vers la paix définitive.
Des mots simples, des récits touchants, un regard humain. Comme dans ses livres Les trois médecins, La maladie de Sachs, et Le choeur des femmes, Martin Winckler se révèle être un médecin dont la vocation est évidente.
Extrait :

"J'ai appris à manier les antalgiques mineurs et la morphine. Les opioïdes synthétiques. Les anesthésiques locaux et généraux. Les neuroleptiques, les antidépresseurs, les myorelaxants et les alpha-adrénergiques. Les blocs plexiques et les neurolyses. Les péridurales.
J'ai appris à analyser les douleurs chroniques ; à identifier l'origine des douleurs projetées ; à apprivoiser les douleurs fantômes. J'ai appris à employer le placebo, la relaxation, l'hypnose, les gestes, la parole. Les gestes qui atténuent l'angoisse. La parole qui, sans donner de faux espoirs, aide à s'ancrer dans la réalité. J'ai appris à apaiser la douleur des autres. Pas trop : sans les endormir, sans les empêcher de se sentir vivants. Mais en les aidant à ne plus ressentir ces cris des profondeurs qui éventrent ou arrachent. À ne plus être dans la douleur totale, qui empêche de ressentir quoi que ce soit d'autre. Qui empêche de penser. De sourire. D'être présent au monde. J'ai beaucoup travaillé. Bien, je crois. Mais ça ne me suffisait pas."
Sa parole se libère sur un aspect tabou de la médecine moderne, celui des soins palliatifs, et celui du droit de mourir dans la dignité. Ce qu'il ne pouvait pas auparavant révéler car il se trouvait hors-la-loi, il le livre aujourd'hui, avec simplicité, soulignant sans cesse que ces demandes pressantes mais réfléchies, émanaient de personnes anonymes, et pour lesquelles il ne peut qu'accepter de rendre ce service, gracieusement et humainement.
Un livre court, mais percutant, qui nous en apprend beaucoup sur cet homme et ses convictions.

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20 mai 2013

RAPPORT AUX BÊTES

de Noëlle Revaz
Roman - 225 pages
Editions Gallimard - septembre 2004
Editions poche Folio - septembre 2009
Paul est agriculteur ancienne génération, vissé au travail de la ferme, aux horaires étirés, au labeur de toutes saisons, attaché à ses bêtes plus qu'à sa famille. Il néglige ses enfants et encore plus sa femme, inconsidérée et si dévalorisée à ses yeux qu'il se permet de la battre allègrement. Un jour il accueille Jorge, un ouvrier agricole venu du Portugal pour l'aider une année aux travaux de l'exploitation. Il dort dans la serre parce que c'est mieux ainsi même si la chambre de feu le grand-père est inoccupée. Entre hommes ils discutent mais Paul ne veut pas céder à ce discours qui lui demanderait d'être à l'écoute de son épouse, de s'ouvrir aux sentiments, de l'accompagner dans sa maladie...
Ce roman, c'est d'abord un style oral très torturé, très incorrect, et très travaillé par l'auteur, d'un bout à l'autre du livre, pour retranscrire les pensées de cet agriculteur caricatural. Il en ressort très choquant et c'est presque insupportable de voir qu'il appelle sa femme Vulve, et qu'il considère ses enfants comme une banale portée. L'auteure utilise très subtilement un champ lexical propre au bétail, ou à la limite, lorsque ce narrateur évoque ses semblables. Ce style très particulier peut être difficile à suivre, mais je l'ai accepté et j'en ai admiré la cohérence et l'improbable familiarité.
Extrait :
"Quand on désire faire le compte c'est pas aisé, vu qu'ils se bougent sans arrêt et se tiennent pas disponibles, pas sages et prêts à l'appel mais à courir les prairies à soulever chaque brin d'herbe. On sait plus trop quand on croise, si c'est le même ou le grand-frère ou s'il y a des jumeaux. Quelques uns quand même je les connais : il y a celui des crevasses creusées par la maladie, celui des fosses, mais peut-être que c'est le même, un qui a le nez du père, pas réussi, et celui presque malade qui tousse encore de l'angine, et puis celui qui est femelle et qui dit rien qu'on entende du premier coup, que par exprès on oublie quand on réclame, c'est pas la peine et ça a pas la vigueur, et ensuite quand les sèves montent ça nous devient une bonne femme."
Le résumé de l'éditeur promettait à demi mots une évolution de notre personnage au contact de l'étranger, de Jorge qui apporte son regard extérieur humain. Mais si Paul peut accepter certaines choses nouvelles dans sa vie (téléphoner à sa femme hospitalisée, accepter l'organisation d'une fête à son retour...) il ne change guère ses opinions et ses considérations asociales, au grand désespoir du lecteur. 
C'est donc un roman très noir, très pessimiste, un portrait désespérant de personnage rustre plus proche des bêtes. Humain trop inhumain. 

L'avis de Mapero - W O D K A
Interview de l'auteure - RTS

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10 mai 2013

QUAI D'ORSAY - Chroniques diplomatiques - Tome 2

de Blain et Lanzac
Bande dessinée
Editions Dargaud - 2011
Fauve d'Or, Prix du meilleur album - Angoulême
Au ministère des Affaires Etrangères, on retrouve le ministre Taillard de Worms et son autoritarisme envers sa cour, en pleine crise du Lousdem et dans la perspective d'un bras de fer avec les Etats-Unis. Car le prochain discours de l'ONU se prépare notemment avec le conseiller Arthur Vlaminck, le narrateur qui est fraîchement arrivé dans le cabinet du ministre.
Comme avec le tome 1, c'est une immersion inhabituelle au sein du cabinet du Ministre des Affaires Etrangères. Le Taillard de Worms ressemble toujours autant à Dominique de Villepin, et fait preuve chaque jour d'un peu plus d'autorité, de cynisme, d'impatience. Car précisément, pour lui, l'heure de gloire arrive peut-être, avec ce discours pour l'ONU qu'il faut préparer (travailler les fameux éléments de langage) pour espérer peut-être faire rayonner la France par une position ferme contre la guerre au Lousdem (Irak ?). D'un côté il y a le travail d'écriture, de concertation, de formulation, de relecture, et de l'autre il y a la diplomatie à assurer, tenter de rallier les autres puissances sur la même ligne en enchaînant les coups de fil, par des jeux de stratèges et d'influence.

Extrait :
"Rrhâââââ putain, le russe ! C'est pas un marrant, le russe. Je pensais le garder pour la fin, le russe. À chaque fois que je lui serre la main, je me prends un coup de jus. Même au téléphone, il faut des gants en plastique et des protège-oreilles."

Et c'est encore plus passionnant à lire que le premier tome, il y a plus de cohérence autour d'un événement majeur, qui engendre brainstorming, déplacements, appels téléphoniques, sautes d'humeur. Et au milieu, le jeune conseiller qui commence à comprendre que cette vie singulière l'éloignera de la femme qu'il aime, et que ses heures ne seront plus comptées, qu'elles soient productives ou qu'elles engendrent un travail qui sera rejeté, voire non lu.
Un récit très habile sur des faits réels à peine voilés. Très instructif !

L'avis de Colimasson - Colimasson perd son temps
Chroniques de Quai d'Orsay, Tome 1 - ChezLo

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05 mai 2013

MUD

Sur les rives du Mississipi
de Jeff Nichols
Drame - 2h10
Sortie salles France - 1e mai 2013
avec Matthew McConaughey, Tye Sheridan, Reese Witherspoon...
Ellis et Neckbone sont deux amis de 14 ans, vivant sur les rives du Mississipi. Un matin ils décident d'aller en barque sur une île déserte, qui ne l'est pas : ils y découvrent Mud, un repris de justice qui semble s'y planquer, attendant de retrouver la femme de sa vie pour laquelle il a tué un homme. Mud dort sur un bateau perché dans les arbres suite aux dernières inondations, un bateau que convoitent les deux gamins. Ils acceptent alors d'aider Mud, de l'aider à retrouver la femme qu'il aime et de le ravitailler en nourriture. 
Après Les bêtes du Sud sauvage, un nouveau film qui plante le décor d'une région particulière habitée par des gens qui ont un penchant pour une vie à l'écart de la société et au contact avec la nature. Une vie rude, et une vie menacée par les lois actuelles et les expropriations.
Mais le thème du film n'est pas là, il s'agit d'aventure, d'amours rêvés, de planque et de suspense. Un vieux loup comme Mud n'arrive pas à renoncer à l'amour pour cette Juniper, quand le jeune Ellis peine à voir ses parents se séparer, et ne s'attend pas à la douche froide que lui donnera sa May Pearl chérie. Désillusions, résignations ou combats.


Les phrases baragouinées de Mud, les allures de cow-boys, les armes et les tirs croisés, pas de doute, on est dans un film américain qui se respecte. Mais la réalisation et le rythme font qu'on ne s'ennuie pas et qu'on reste curieux des aventures de ces deux garçons très convaincants, et de ce Mud dont on peine à savoir ce qu'il a dans le ventre.



On ne peut s'empêcher de penser que la rencontre entre Ellis, Neckbone et Hushpuppy, qui habite la région, aurait sûrement été explosive et riche en émotions ! Un beau film.

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04 mai 2013

HEUREUX LES HEUREUX

de Yasmina Reza
Roman - 200 pages
Editions Flammarion - janvier 2013
21 portraits croisés de personnages d'aujourd'hui, qui réfléchissent et nous content leurs sorts, leurs solitudes, leurs infidélités, leurs trahisons, leurs hystéries, leurs frustrations.
Enfants, grands-parents, oncles, psychologues, amants, les personnages sont souvent liés entre eux par la vie.
L'écriture acerbe de Yasmina Reza est toujours un plaisir à lire, son oeil analytique sur la société contemporaine est réjouissant.

Extrait :
"Quand on rencontre quelqu’un, on ne s’intéresse pas à son état civil. Ni à sa condition sentimentale. Les sentiments sont changeants et mortels. Comme toutes les choses sur terre. Les bêtes meurent. Les plantes. D’une année à l’autre, les cours d’eau ne sont pas les mêmes. Rien ne dure."

Pour moi qui ne lit pas d'un seul trait, pour me démêler des entrelacs du roman qui croisent les personnages, ce schéma m'aurait rudement servi à la lecture :

Source : http://www.francetv.fr/culturebox/yasmina-reza-heureux-les-heureux-le-roman-des-tous-petits-riens-130747
Parce que c'est ça l'intérêt aussi du livre, de concevoir les liens entre les différents personnages qui se racontent, de deviner leurs relations, d'écouter l'un et l'autre décrire les mêmes événements, les mêmes liens familiaux, les ressentis différents, les non-dits. Bien sûr, le tableau qui est dressé est peu reluisant, il s'agit beaucoup de solitude et de faux-semblants
Un livre agréable, qu'il faudrait peut-être relire pour en garder un plus grand souvenir.

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07 avril 2013

INISHOWEN

de Joseph O'Connor
Roman - 520 pages
Editions Libretto - mai 2001
Ellen, la quarantaine, mère de famille, vient d'apprendre qu'elle a un cancer. Brusquement, elle décide de partir sans avertir mari et enfants, pour l'Irlande, plus précisément pour Inishowen, une péninsule de l'extrême Nord de l'île, ce lieu dont elle pense si fortement puisque devrait encore y vivre l'inconnue qui l'a abandonnée à sa naissance, sa mère. A Dublin, elle va croiser le chemin de Martin Aitken, un flic désabusé, fatigué par son métier qui le fait côtoyer des petites frappes de la mafia, qui l'englue dans les conflits indépendantistes et les soifs de vengeance, qui le perd dans l'alcool et l'explosion de sa famille. Ellen et Martin vont se rencontrer et s'accompagner, jusqu'à Inishowen, lors d'un périple délicat, pluvieux, dangereux et fort en émotions.
C'est un livre romantique mais sombre, comme le veut ce contexte irlandais conflictuel, comme le veut la perspective de la mort, comme le veut la fuite du conflit familial. C'est sombre, mais l'auteur réussit à malmener ses personnages et leur donner toujours beaucoup d'humour. 
Extrait :
"Yeats, Joyce, Oscar Wilde... Quand Ellen parlait du pays des Lutins, on pouvait penser qu'aucun autre pays du monde n'avait donné le jour à un escroc capable d'accoler quelques adjectifs polysyllabiques à ses névroses et de baptiser le résultat littérature."
En refermant le livre, on revient d'un voyage en Irlande, que l'auteur a pris plaisir à nous décrire, lentement, précisément, climat et humidité compris. Car si le roman s'étire seulement entre la veille de Noël 1994 et le jour de l'an suivant, ce n'est qu'en page 200 que nos deux protagonistes se rencontrent. Chacun son but, chacun ses douleurs, chacun ses mensonges. On vit cette semaine irlandaise à leurs côtés, on a froid, on frissonne, on se réchauffe comme on peut. On savoure les mots de la plume d'un auteur qui leur donne ainsi une vie si réelle.

Les avis de Delphine et Jehanne - Lecture / Ecriture

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24 mars 2013

RUE DES VOLEURS

de Mathias Enard
Roman - 250 pages
Editions Actes Sud - août 2012
C'est un jeune marocain de Tanger, Lakhdar, un jeune homme qui se débat comme un chien dans sa chienne de vie. Il aime lire, et il aime sa cousine Meryem, divinement belle. Il est chassé de la maison familiale lorsqu'ils sont découverts nus par son père. C'est le début d'une longue et terrible errance, qui l'entraînera dans les pires faubourgs, qui le verra travailler pour survivre au service d'un libraire islamiste, puis d'un type qui lui demande de retranscrire des milliers de pages, puis de pompes funèbres particulières, puis d'un ferry méditerranéen. L'accompagne toujours l'amour pour les mots de la grande littérature arabe, l'amour pour Meryem, l'amour pour Judith, cette touriste espagnole.
Les premières pages de Rue des voleurs nous happent aussitôt, et jamais le roman ne nous laisse de répit. C'est dans la noirceur, dans l'inhumanité, dans la violence, que son destin précipite le personnage principal. Mais quel personnage ! Un jeune homme calme, aimant la vie, aimant de la vie ses mots, ses femmes, ses amitiés - ses seules sources d'espoir. Comme son meilleur ami Bassam, il aurait pu sombrer dans l'intégrisme religieux, l'obscurantisme terroriste. 

Extrait :
"Les villes s'apprivoisent, ou plutôt elles nous apprivoisent ; elles nous apprennent à bien nous tenir, elles nous font perdre, petit à petit, notre gangue d'étranger ; elles nous arrachent notre écorce de plouc, nous fondent en elles, nous modèlent à leur image - très vite, nous abandonnons notre démarche, nous ne regardons plus en l'air, nous n'hésitons plus en entrant dans une station de métro, nous avons le rythme adéquat, nous avançons à la bonne cadence, et qu'on soit marocain, pakistanais, anglais, allemand, français, andalou, catalan ou philippin, finalement Barcelone, Londres ou Paris nous dressent comme des chiens."
Souvent, le personnage se compare à un chien, malmené, maltraité, guidé par ses instincts, par la survie, de Marrakech à Tanger, jusqu'à Barcelone. Mais ce chien aime la poésie et son amour de la littérature le sauve. 
Sans pouvoir retranscrire tout ce qui m'a fait beaucoup aimer ce livre, je suis certaine que je garderai un très grand souvenir de ce qui restera peut-être ma plus belle lecture de l'année. Un roman terrible et magnifique, tragique et sublime, contemporain et éternel. A lire, à savourer.

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23 mars 2013

MES [DVD]s de l'Hiver 2012-2013

Les amours imaginaires
de Xavier Dolan
Sortie salles Juin 2010

Un film ultra esthétique sur le vécu d'un amour impossble avec un maniérisme dans la manière de filmer les corps, les visages, les détails, que l'on savoure et qui évoque In the mood for love ou 2046 de WKW. Grâce aux bonus, on peut revoir le film complet doublé des commentaires de l'actrice Monia Chokri et du jeune réalisateur québécois Xavier Dolan.

Afriques : Comment ça va avec la douleur ?
de Raymond Depardon
Sortie salles Octobre 1996

Très belles images, avec les commentaires de Raymond Depardon et ses questionnements sur les plans qu'il fait, sur leur légitimité, leur bien fondé dans un contexte reculé et souvent en proie au dénuement. Parfois ce sont les visages de personnes qu'il revoit, et ces retrouvailles sont touchantes, avec un goût amer aussi. Le film dure 2h30 et c'est assez long tout de même, même si on voyage de Johannesbourg en Ethiopie, en passant par le Soudan, le Rwanda.... Dans les bonus on a des commentaires de Raymond Depardon, et il faut vraiment être passionné pour vouloir les suivre en intégralité.


The social network
de David Fincher
Sortie salles Octobre 2010

La genèse du célébrissime réseau social Facebook, suivi de l'intérieur, du milieu étudiant où évoluait Mark Zuckenberg, brillant étudiant, dilettante et inventif. Un film qui parle d'ambition, de jalousie, de coups bas, de stratégie et de gros sous. Un film complexe qui m'a confortée dans mon rejet d'appartenance à ce monde parallèle virtuel tentaculaire.


L'anguille
de Shohei Imamura
Sortie salles Octobre 1997
Palme d'Or Festival de Cannes 1997

L'histoire d'un homme meurtri, qui doit revivre à sa sortie de prison, après sa condamnation pour le meurtre sanglant de sa femme adultère. Fort et onirique. Très esthétique aussi.______[merci NicOny !]





Frankie
de Fabienne Berthaud
Sortie salles Mars 2006

Un film magnifique, porté très haut par une Diane Kruger époustouflante, au regard le plus triste qui soit, baigné de détresse et de fatalité, imposés par le milieu professionnel de la mode dans lequel elle exerce, un labeur ingrat auprès de personnes inhumaines, avant des soirées seule. Seule. "Le bol d'air est en psychiatrie, et l'enfermement est dans le monde de la Mode" livre la réalisatrice Fabienne Berthaud, dans les bonus du DVD. Le film alterne des scènes de la top model Franlkie, 26 ans déjà donc frôlant la retraite, ses shootings, ses déplacements, son agent, son chauffeur, ses hôtels sinistres, avec celui de ses quotidiens en suspens, au milieu de cette clinique psychiatrique om le regard qu'on porte sur elle est enfin désintéressé et sans jugement moral. Somptueux. Captivant grâce à la grâce de Diane Kruger, gardant la tête haute tout en serrant les dents, pour ne pas flancher dans ses galères de mannequin SDF, sans jamais rien cacher de l'immense tristesse logée en elle, ni de son regard que sa sensibilité submerge.


AUPRES DE MOI TOUJOURS
de Mark Romanek
d'après le roman de Kazuo Ishiguro
Sortie salles France - Mars 2011

Une histoire d'amour contrariée à travers les années, entre Kathy et Tommy, dès lors que Ruth, la bonne amie, n'interfère irrémédiablement. Une histoire d'amour d'un romantisme classique dans un contexte particulièrement  tragique car ces jeunes gens sont dès le plus jeune âge éduqués très "sainement" dans un pensionnat en vase clos, destinés à attendre la maturité afin de servir comme gisement d'organes à prélever. Un sort qu'ils connaissent, qu'ils semblent avoir accepter. Une vie faite de résignation, de mélancolie, de solitude, et de quelques joies de l'instant. L'image du film est très esthétique et l'ambiance recréée est sacrément convaincante.



PARIS JE T'AIME
Collectif
Sortie salles France - Juin 2006

Un film à sketches, forcément inégal, hétérogène, qui ne plaît pas entièrement. Mais la pluralité des styles cinématographiques lui donne bien sûr un grand intérêt.
J'ai beaucoup aimé Quai de seine de Gurhinder Chadha, Place des fêtes d'Olivier Schmitz et surtout Faubourg Saint Denis de Tom Tykwer, par sa grande poésie - comme par hasard des courts métrages qui gravitent autour de mon quartier d'enfance, c'est ainsi....
Un DVD distrayant et plus quand affinités...

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21 mars 2013

NO

de Pablo Larrain
Drame historique - 2h
Sortie salles France - 6 mars 2013
avec Gael Garcia Bernal, Antonia Zegers, Alfredo Castro,....
Chili, 1988. Le dictateur Augusto Pinochet, face à la pression internationale, accepte d'organiser un referundum sur sa présidence, et accorde même quinze minutes de spot télévisé quotidien dans le cadre de la campagne politique. René Saavedra, un jeune et brillant publicitaire travaillant à l'agence de Lucho Guzman, se voit proposer la conception des spots de l'opposition, quand Guzman sera désigné par Pinochet pour s'occuper de ceux du parti au pouvoir. Alors, chaque jour, Saavedra et son équipe rivalisent d'inventivité pour sortir un spot pertinent et optimiste, avec parfois l'espoir que le "no" pourra l'emporter....
Avec No, on a une piqûre de rappel historique sur l'évènement au Chili que fût la préparation de ce referundum avec ses premiers spots télévisuels, et l'issue presque inespérée de la chute de Pinochet. Et grâce à ces spots quotidiens, on a des mini courts métrages dans le film, un certain nombre de film tantôt lyriques, tranchants, acerbes, factuels, ringardes ou gaguesques. René Saavedra se refuse à faire des spots des enchaînements d'images sanglantes relatants les crimes de Pinochet et d'images poignantes des témoins et familles de disparus. Il faut rassurer sur l'avenir possible sans le père de la nation. Il faut aussi éviter la censure qui ne tarderait pas à s'exercer.


La plongée nostalgique et cruciale dans ces années 80 est fort intéressante et l'image analogique nous ramène vraiment dans un passé proche qui peut cependant sembler bien lointain. L'intérêt historique du film est bien là. Gael Garcia Bernal incarne cet homme qui n'est  pas un militant, mais qui a su servir la cause de l'opposition avec son intelligence et son professionnalisme, assumant en même temps la garde de son jeune fils.


A la fin, on ressort galvanisé, oxygéné. Par cette épisode de l'histoire, c'est la démocratie et le pouvoir des media pour les causes justes, c'est l'obstination et la cohésion, c'est la morale et la ruse, qui sont célébrés. Mais la lutte peut être joyeuse et la victoire fébrile. Dans la scène finale, René Saavedra traverse la foule en liesse, son enfant exténué dans les bras, avec dans son regard une gaîté qui n'arrive pas à percer le voile de la résignation.

L'avis de Dasola - Le blog de Dasola
"Vidéogrammes d'un referendum" - Critikat

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17 mars 2013

"OH..."

de Philippe Djian
Roman - 240 pages
Editions Gallimard - août 2012
Prix Interallié 2012
Michèle, la quarantaine, a été violée. Un inconnu l'a violée. Elle veut s'en remettre, elle en parle peu à son entourage, pas tout de suite. Elle s'équipe d'une bombe lacrymo et d'un système d'alarme. Et puis elle continue à vivre, à collaborer professionnellement avec son amie Anne, à coucher avec le mari de celle-ci, à regretter que son fils Vincent soit fier de bosser chez MacDo et même pas terrorisé à l'idée d'être bientôt père, à être dégoûtée par sa petite amie, à supporter sa vieille mère, à refuser d'aller voir son monstre de père en prison. La vie continue pour cette femme, pleine de froideur, de contradictions, de liberté. Son nouveau voisin pourrait susciter en elle du désir, ce qui la rassure d'ailleurs. 
C'est un style particulier celui de Philippe Djian, une langue moderne, parfois retorse, et ici pas de chapitres, peu de respiration, et un recul implacable que le lecteur prend par rapport à ce personnage féminin principal, si victime et si inhumaine à la fois. Elle nous interroge, nous bouscule dans ce qu'on imaginait de ces réactions par avance, elle nous interroge dans ses penchants sexuels, où par ailleurs elle apprécie la brutalité. Et puis l'ironie de l'auteur s'infiltre dans l'extrême improbabilité, la victime sans le savoir tombera dans les bras de son bourreau. Est-ce mal ? N'est-ce pas le meilleur salut, le meilleur deuil, la meilleure guérison ?
Extrait :
"Je suis très contrariée de la manière dont je réagis à cette histoire, de la confusion qui règne en moi et me donne chaque jour davantage le sentiment qu'elle m'échappe et s'obscurcit. Je déteste avoir à me battre contre moi-même, à me demander qui je suis. Ne pas avoir accès à ce qui est enfoui en moi, si profondément enfoui que je n'en perçois qu'une infime et vague rumeur lointaine, comme un chant oublié, déchirant, totalement illisible, ne me facilite pas les choses."
Dans ce roman, Philippe Djian parle peu de viol, il est évoqué, on n'y revient quasiment jamais. C'est le "après" qui compte. La gestion de la peur certes, puis la gestion de la culpabilité, et la gestion toute banale de la vie de mère. Un roman atypique qui peut déranger.


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05 mars 2013

AUTOUR DE TON COU

de Chimananda Ngozi Adichie
Nouvelles - 285 pages
Editions Gallimard - janvier 2013
Un recueil de nouvelles, entre le Nigeria et les Etats-Unis, à l'image de la vie de l'auteure et de celles d'une importante diaspora. 
Avec "Cellule 1", on découvre un frère délinquant au sein d'une bonne famille, bientôt obligée d'aller le visiter chaque jour en prison, obligée de le savoir humilié et violenté.
Dans "Imitation", une femme nigériane immigrée aux Etats-Unis craint que son mari, retourné travailler au Nigeria, ne lui cache une relation, et même pire, héberge chez eux une jeune femme aux cheveux courts.
"Une expérience intime", c'est celle qui va lier un court moment, alors que se déroule une violente émeute dans le pays, deux femmes qui tentent de se cacher dans un magasin. Deux femmes de milieux sociaux très différents, qui vont échanger, dans l'urgence et l'insécurité, sur leurs vies : l'une est marchande d'oignons, pauvre et musulmane, l'autre étudie à la capitale, et est issue de la bourgeoisie chrétienne.
Dans "Fantômes", c'est un vieil homme, ancien universitaire qui repense au passé et apprécie toujours las "visites" de sa femme défunte.
Avec "Lundi", on rencontre Kamara, installée depuis peu aux USA, accepte en attendant l'obtention de sa carte verte, de s'occuper de Josh, un jeune garçon métis, d'une mère nigérianne artiste et d'un père juif, anxieux et phobique de la mal bouffe.

Extrait :
"Deux jours plus tôt, elle avait enterré son enfant près d'un potager dans leur ville ancestrale d'Umunnachi, entourée de gens venus exprimer leur soutien, et dont elle ne se souvenait plus à présent. La veille, elle avait conduit son mari, dans le coffre de leur Toyota, chez un ami qui l'avait fait sortir du pays. Et l'avant-veille, elle n'aurait pas eu besoin de prendre une photo d'identité ; sa vie était normale, elle avait emmené Ugonna à l'école, lui avait acheté un friand à la saucisse chez Mr Biggs, avait chanté sur Majek Fashek en l'écoutant à son autoradio. Si une voyante lui avait dit qu'en l'espace de quelques jours elle ne reconnaîtrait plus sa vie, elle aurait ri. Peut-être même aurait-elle donné dix nairas de plus à la voyante pour son imagination débridée." in L'ambassade américaine.
Ensuite, avec la nouvelle "Jumping Monkey Hill", c'est un atelier pour écrivains africains qui réunit des auteurs de différents pays près du Cap, en Afrique du Sud.
Et d'autres nouvelles.... 13 au total, qui constituent comme une fresque contemporaine de la diaspora nigériane aux Etats-Unis, de la vie d'aujourd'hui dans cet immense pays africain anglophone dont on ne parle pas hors prises d'otages français.
On peut regretter parfois d'être face à des nouvelles, tant on aimerait prolonger avec l'auteure la vie et le portrait de personnages qu'elle sait si bien nous donner à voir.
Des retrouvailles pleines de vie et de gravité avec celle dont j'ai lu ces romans précédents L'autre moitié du soleil et le splendide Hibiscus pourpre.

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03 mars 2013

WADJDA

de Haifaa Al Mansour
Drame - 1h30
Sortie salles France - 6 février 2013
avec Waad Mohammed, Reem Abdullah, Abdulrahman Al Gohani,....
Prix du meilleur film Art et Essai - Festival Venise 2012
Wadjda est une fillette bien téméraire pour vivre dans une Arabie Saoudite si cloisonnée entravant autant les libertés des femmes. Il y a certaines obligations qui lui passent au dessus de la tête : bien ajuster son voile sur le chemin de l'école, mettre de beaux souliers noirs, ne pas adresser la parole aux garçons, éviter tout regard d'homme sur elle, ne pas monter sur une bicyclette. Au contraire, pour pouvoir enfin défier son ami Abdallah, elle convoite le vélo du marchand du coin, se mettant en tête de réunir les 800 rials. Tout est bon pour obtenir ses fonds : négocier des services de trafic d'autorisation de sortie, vendre des bracelets de laine, pleurnicher, et même s'inscrire au concours de récitation du Coran.

Quel film ! Quelle fille ! Quelles femmes ! Wadjda est un très beau film, poignant d'émotions avec l'ambition réussie de décrire un contexte actuel de l'Arabie Saoudite, monarchie islamique, où les jeunes filles sont élevées de manière ségrégationniste, où, en dehors de leur propre foyer, elles ne peuvent se rendre visibles pour des hommes, et ne peuvent prétendre à une égalité au quotidien. 



Alors Wadjda nous apparaît espiègle, déterminée, éhontée, effrontée parfois, même si c'est bien relatif. A tous, elle nous prouve qu'elle a raison. Même à sa mère, qui ne la soutient pas dans son projet de faire du vélo. Sa mère reconnaît tacitement l'hypocrisie du système, même si elle tremble pour sa fille. De son côté elle doit faire face à l'éventualité d'un second mariage de son mari, car c'est possible, sans son accord... Sa mère (la magnifique Reem Abdullah) est une femme qui travaille, qui attend son homme, qui répond par ailleurs à toutes les exigences dictées pour la gente féminine.



J'ai beaucoup aimé le film, qui évoque sans s'appesantir, qui suggère sans revendiquer, qui laisse entr'apercevoir sans se plaindre. Beaucoup de choses sont dites par les regards, par les craintes, par les postures. J'ai beaucoup aimé ce film, et dans les dernières scènes, j'ai été victime d'hémorragie oculaire.




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02 mars 2013

QUELQUES JOURS ENSEMBLE

de Montgermont et Alcante
Bande dessinée - 80 pages
Editions Dupuis Aire Libre - décembre 2008
Xavier a 35 ans, une entreprise qui tourne, une femme ravissante, une belle voiture, un aplomb indéfectible. Sa vie d'égoïste va un jour basculer. Premier choc : il revoit une ex, qui cache sous son foulard les dommages d'une maladie ravageuse. Second choc : elle lui apprend qu'il a un fils qu'il n'a jamais vu. Troisième choc : quand il le rencontre pour la 1e fois, contre son gré, impossible de ne pas voir qu'il est lui aussi atteint d'une grave maladie : à 13 ans, une maladie orpheline (progéria) lui fait subir une dégénérescence importante, le condamnant à une courte vie. Il aimerait fuir tout ça, Xavier, ne pas avoir à assumer de telles difficultés, une telle situation qui perturberait sa vie carrée.


Ca commence comme une bande dessinée édulcorée, et très vite il n'y a plus de concession, le dessin ne cache pas les dommages des maladies. L'histoire est grave, l'annonce faite à Xavier par son ex-femme paraît un peu surréaliste cependant, tellement elle est inattendue. Alors on s'intéresse à ce personnage égoïste de Xavier qui doit affronter, mentir, renoncer, accepter, compatir et surmonter.

Une bande dessinée sur un sujet grave et rare, un album qui se lit vite, un dessin tirant sur l'aquarelle, avec son trait noir qui souligne les traits des visages. 

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24 février 2013

LES SAUVAGES - Tome 2

de Sabri Louatah
Roman - 500 pages
Editions Flammarion - mai 2012
Prix Lire du 1e roman Français - 2012

On retrouve la famille Nerrouche, dans la difficulté : celui qui a tiré sur le candidat PS à la présidentielle en ce jour d'élections du 6 mai 2012, c'est Krim. Alors que le donné vainqueur Idder Chaouch est dans le coma, que Krim est en garde à vue, que les équipes de la police, du ministère, des brigades anti terroristes sont sur les dents, Nazir Nerrouche, le cerveau de l'attentat, manipulateur en chef, déploie toujours ses stratagèmes pour fuir vers l'Allemagne, changeant sans cesse de véhicule, de carte sim, de profil Facebook.

Après un premier tome, dont l'action se déroulait sur une journée, avec comme double évènement fédérateur un mariage et des élections nationales (voir critique du tome 1), on retrouve ici la même famille en cours d'implosion, avec un fils accusé de meurtre, un autre recherché par les services de police, un autre isolé de sa bien aimée, d'autres perdus, entre Saint Etienne et Paris.
Extrait :
"Au moment où les satellites de nos services secrets enregistrèrent les premiers mouvements de foule inquiétants à la périphérie de Paris, au moment où les stades, bars et places à écrans géants de tout le pays parurent imploser sous l'effet simultané de la stupéfaction et de la colère, Henri Wagner, juge d'instruction au pôle antiterroriste du tribunal de Paris, admirait paisiblement les saints pétrifiés qui veillaient sur la place Saint-Pierre, au Vatican.
Il avait rejoint sa femme la veille et comptait repartir le lendemain ; Paola voulait visiter à nouveau la chapelle Sixtine, où ils s'étaient rencontrés vingt ans plus tôt, mais une demi-heure après avoir acheté les billets le juge était précipitamment sorti, incapable de se concentrer, l'esprit assailli de contrariétés professionnelles.
"

La France non plus ne va pas bien : un président élu dans le coma, des émeutes citadines, de traditionnelles luttes intestines entre les différents services de police. Du coup, ce tome se lit complètement comme un roman policier contemporain, avec, sur 3 journées cette fois, une enquête rythmée, un suspense, des personnages dans la tourmente. Avec une belle importance donnée au juge Wagner (un lorrain de Longwy, sûrement quelqu'un de bien),  juge d'instruction au pôle antiterroriste du tribunal de Paris, une figure imposante, en proie aux rivalités de service, respectant la confidentialité de l'enquête sans informer son épouse de ce qui va le retenir jour et nuit, sans savoir encore pourquoi sa propre fille serait indirectement impliquée dans l'affaire...

Au final, on dévore toujours autant les chapitres, à une folle allure car l'écriture aboutie ne gâche rien de ce plaisir.

Critique du tome précédent - ChezLo

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21 février 2013

DJANGO UNCHAINED

de Quentin Tarantino
Western parodique - 2h45
Sortie salles France - 16 janvier 2013
avec Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, ....
Un chasseur de prime fait libérer un esclave pour que ce dernier le mène à trois frères dont la tête est mise à prix. Il lui apprend le métier, tant et si bien que Django, cet homme noir devenu libre citoyen, va faire équipe avec le Dr Shultz, avant d'entreprendre la quête de sa dulcinée Broomhilda. Elle a été vendue au puissant M. Candie qui est à la tête d'une énorme plantation et de nombreux esclaves. 
Un paysage désertique, des hommes à cheval, des chapeaux de texans, une musique western. Et puis, on glisse vers autre chose, vers un film qui s'éloigne du cliché, du film de genre. On aperçoit très vite des personnages esclaves qui avancent enchaînés. Il ne s'agira donc pas de combats entre cowboys et Indiens pour se divertir. Il y aura le drame de l'esclavage et ses humiliations pour nous donner à réfléchir et à souffrir. C'était ça aussi les Etats-Unis, et c'est d'ailleurs vrai que peu de westerns le relayaient.


Alors, dans ces épisodes de recherche d'hommes à abattre contre rançon, ou d'hommes à abattre pour libérer la belle prisonnière obligée de se prostituer dans une riche propriété, il y a évidemment du sang, des flingues en grand nombre, du burlesque à la Tarentino. Il y a aussi et surtout un remarquable travail de mise en scène avec des décors, des costumes incroyables, des dialogues savoureux pleins d'humour et de brillante ironie, et puis l'immense violence suggérée par les scènes de torture esclavagistes.


A voir pour la folie, pour les dialogues savoureux grâces aux réparties éloquentes de Christoph Walz, pour la liberté, pour le grain de génie de Tarantino qui peut faire un western à la Kitano teinté de drame historique et de romance épique.

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08 février 2013

LA CARTE ET LE TERRITOIRE

de Michel Houellebecq
Roman - 460 pages
Editions Flammarion - septembre 2012
Editions Poche J'ai Lu - mars 2012
Prix Goncourt - 2010
Jed est un artiste qui vit en solitaire un brin mysanthrope,  à l'écart des hommes sauf son père à Noël et son manager, à l'écart des femmes sauf quelques rencontres. Il travaille sur un projet artistique à base de représentation de cartes topograhiques. Et ça plaît. Plus tard, il attaque le projet de représenter par une série de portraits, la France d'aujourd'hui par ses métiers symboliques. Et pour ça, il va avoir l'honneur d'avoir sa préface rédigée par le célèbre écrivain Michel Houellebecq....
C'est du Houellebecq, faut pas d'attendre à des personnages folichons et exubérants de joie. Bien sûr le personnage principal de Jed l'artiste est un peu à l'image de l'auteur : taciturne, mélancolique. Les chapitres se suivent, tous plus désabusés, plus monotones les uns que les autres. La promesse énoncée en quatrième de couverture, du démarrage d'une enquête policière en troisième partie du roman, m'a tenue motivée. Parce que c'est vrai que ça change, ça redonne du rythme, un but, une nouvelle logique dans la succession des chapitres. 

Extrait :
"On peut travailler en solitaire pendant des années, c'est même la seule manière de travailler à vrai dire ; vient toujours un moment où l'ont éprouve le besoin de montrer son travail au monde, moins pour recueillir son jugement que pour se rassurer soi-même sur l'existence de ce travail, et même sur son existence propre, au sein d'une espèce sociale l'individualité n'est qu'une fiction brève."
Michel Houellebecq ancre délibérement son roman dans notre monde contemporain, à grand renfort de noms propres, de lieux réels, de marques, de people, de politiques. Beigbeder a un second rôle important. Et l'écrivain Michel Houellebecq également ! Avec provocation, il se met lui même en scène, avec ironie, allant même jusqu'à romancer sa mort, un assassinat terrifiant, qui sera le point de départ de ladite enquête.
Un roman avec certains passages mornes et d'autres plus intéressants et plus jubilatoires sur la description qu'ils donnent de notre monde actuel, son défaitisme, sa fatalité, sa médiocrité. Sur la solitude, le sexe, la notoriété, les logiques financières et mercantiles. Parce que peut-être qu'un roman réaliste serait plus intéressant que l'histoire qu'il narre, parce que la carte géographique peut être plus belle et plus instructive que le territoire qu'elle représente.

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26 janvier 2013

FUGUE

d'Anne Delaflotte Mehdevi
Roman - 336 pages
Editions Gaïa - septembre 2010
C'est arrivé d'un coup : Clothilde a perdu sa voix. Certes, elle a beaucoup crié lorsque Madeleine, sa fille, a fugué le jour de la rentrée. Mais la voix ne revient pas. Les spécialistes parlent de dysphonie smasmodique du larynx quand, contre toute attente, elle parvient à chanter, à  prendre des cours de chant lyrique, à assurer lors des concerts. C'est finalement ça qui va constituer sa nouvelle passion, sa nouvelle vie, elle qui, à 33 ans, a élevé quatre enfants aux côté de Vincent, son charmant mari quoique pilote de vols moyens courriers.
Fugue c'est pour l'échappée de Madeleine, une fillette qui garde beaucoup de choses pour elle. Fugue, c'est pour la musique, le piano. Fugue c'est pour les fuites que l'on s'accorde au quotidien pour ne pas s'avouer, pour ne pas blesser, pour ne pas bouleverser. Avec Fugue, Anne Delaflotte Mehdevi a écrit un joli roman autour du portrait d'une femme volontaire, blessée mais jamais résignée, qui ose une renaissance qu'elle juge nécessaire quand sa situation sociale et familiale ne laisse présager aucun ombrage. Car à 33 ans, après avoir enfanté, allaité, soigné, materné quatre enfants, elle s'autorise contre la volonté tue de son mari, une passion, des loisirs, une évasion. Elle va travailler pour la création de la boutique de son amie, et puis elle va chanter. Elle va s'oublier, se dépasser, prendre du plaisir dans le chant, laissant de côté les soins conseillés, l'intervention qui pourrait lui rendre la parole. A présent, son besoin de chanter est supérieur à la nécessité d'être entendue. Ses restes de voix saccadée font souffrir son entourage, les textes qu'elle écrit sur son ordi ou son ardoise freinent le dialogue familial ou amical. Mais contre tous - ou presque - elle poursuit selon ses envies.
Extrait :"Les amitiés meurent : même la leur ? Elles meurent souvent de mort naturelle, rarement ravalées par de grandes fâcheries. Elles meurent parce que le chemin inconscient et singulier qu'empruntait telle amitié est soudainement coupé, par un éboulis, une veine de terre étrangère au chemin qu'elle recouvre."
Une voix de perdue, une voie de retrouvée. C'est avec plaisir que j'ai lu Fugue, que j'ai suivi Clothilde, une femme singulière, à une période charnière de sa vie qui est bien exposée. La complexité de sa relation avec Vincent, un amour qui change, la peur de Vincent de voir son monde s'écrouler, l'aphonie de son épouse comme grain de sable de mauvais augure, le lent cheminement pour l'acceptation des aspirations nouvelles de Clothilde... Parfois, les passages sur l'apprentissage du chant, sont un peu longuets. Car l'auteure aime à inscrire son histoire dans une réalité technique. Mais la lecture n'en est pas moins agréable et convaincante. Un portrait de femme oui, mais aussi un portrait de famille, une relation conjugale, et des liens d'amitiés qui sont très bien décrits.

L'avis de Cathulu - Des bouquins, des bestioles, du bric-à-brac
L'avis d'Anne-Sophie Demonchy - La Lettrine

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25 janvier 2013

AMITIE ETROITE

de Bastien Vivès
Bande dessinée - 136 pages
Editions Casterman - octobre 2009
Francesca et Bruno sont tous deux étudiants et se voient très souvent. Ils sont amis. Francesca sort souvent avec ses amies, et tombe amoureuse d'un jeune homme. Bruno, lui, est plus réservé et studieux. Plus tard, il entreprendra aussi une première histoire d'amour. Pour oublier que son coeur bat depuis longtemps pour sa meilleure amie. Peut-être aussi pour faire émerger en elle ses sentiments pour lui.
Un scenario inspiré d'un grand classique adolescent : l'amitié entre garçon et fille, ou l'amour larvé et idéalisé. Et puis la jalousie amoureuse qui s'immisce dans cette fraternité lorsqu'un des deux entretient une relation avec un tiers. Le triangle amoureux, ce fameux qui fait couler des larmes et de l'encre. 
C'est du classique se dira-t-on. Ca se lit en un quart d'heure. On sait ce qui va se passer. Mais Bastien Vivès réussit très finement à recréer des dialogues sensibles, réalistes, des regards qui en disent long, des malaises, une pudeur de jeunesse, des maladresses. Il y a ses dessins sobres, au trait fin et aux couleurs vives, et puis parfois l'image se fait floue pour rapporter des scènes du passé, et c'est très joli à voir.
Un très bel album sur l'adolescence et ses émois.

Le blog de Li-An - Li An
L'avis de Mr Zombi - Mr Zombi's place

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20 janvier 2013

TABOU

de Miguel Gomez
Drame - 1h50
Sortie salles France - 5 décembre 2012
avec Teresa Madruga, Laura Soveral, Ana Moreira, Carloto Cotta...
Prix Alfred Bauer - Festival Berlin 2012
A Lisbonne, la vieille dona Aurora commence à perde la tête mais pas son autorité. Sa femme de ménage Cap-verdienne, Santa, a de plus en plus de mal à s'en occuper avec patience. Toutes deux demandent souvent l'aide de la voisine. Alors qu'Aurora tombe malade, elle énonce sa dernière volonté : d'aller trouver pour elle un certain Gian Luca Ventura. Ce dernier va leur raconter ce que vécût Aurora jadis, lorsque sa famille possédait une ferme en Afrique Noire.
Grâce au festival Télérama, je me laisse tenter par ce film, méfiante après avoir vu la bande annonce peu bavarde, et confiante pour avoir lu l'avalanche de bonnes critiques et d'encensements de toutes parts
Pour commencer, la première partie de film est trop longue à mon goût, morne, dans un Portugal triste, à écouter les plaintes, les divagations et les rêves d'une vieille Aurora qui perd la tête. Aurait-on pû s'affranchir de cette partie du récit, au présent ? Peut-être qu'il fallait ça pour mériter la seconde partie du film, un flash back magnifique, une féérie un enchantement, d'un romantisme fou, c'est à dire violent, tragique, brûlant, inaltérable.


On se laisse porter, le noir et blanc avec son grain irrésistible crée d'emblée une atmosphère surannée, nostalgique, un retour dans le passé, avec une Afrique tellement bien filmée qu'elle rappelle les images de Depardon. La langue portugaise, à travers les dialogues clairs puis dans la deuxième partie, avec cette voix du narrateur qui raconte la vie tumultueuse d'Aurora et sa passion, avec les voix du passé que l'on perçoit en second plan, ajoute au voyage et pour qui aime l'entendre c'est un régal. Il y a de l'ironie, des références cinématographiques sûrement, des symboles (ce petit crocodile qu'Aurora héberge et nourrit dans son bassin, avant qu'il ne grandisse, ne s'échappe, devienne moins contrôlable), mais l'histoire d'amour arrive à avoir une belle crédibilité en nous faisant découvrir ce Ventura, un jeune bellâtre au charme insolent mais qui saura nous persuader de ses nouveaux sentiments.


Jusqu'à ce que cet adultère ne trouve son point de butée, son drame, son problème inextricable. Sans issue pour nos tourtereaux, et la vie qui se referme sur eux. Et dans la monotonie ambiante, ce sont dans les souvenirs d'une vie tropicale coloniale que les remous, les aventures sont les plus vivantes, les plus présentes et les plus touchantes.
Un film envoûtant par sa forme et par son scénario, malgré un démarrage bien trop long qui me laisse dubitative.

L'avis de Benoît Thévenin - Laterna Magica
L'avis de Bénédicte Prot - Culturopoing

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18 janvier 2013

FEERIE GENERALE

d'Emmanuelle Pireyre
OVNI Livresque - 250 pages
Editions de l'Olivier - août 2012
Prix Médicis 2012
---- Ouvrage in-résumable ---- Suite de chapitres-nouvelles aux titres improbables. "Comment laisser flotter les fillettes?", "Comment habiter le paramilitaire?", "Le tourisme représente-t-il un danger pour nos filles faciles?", "Friedrich Nietzsche est-il halal?". Des questionnements auxquels l'auteure répond ou pas. 
En voilà un nouveau, il y avait longtemps : un O.L.N.I. pour Objet Livresque Non Identifié. Difficile de définir et de résumer Féerie générale tant l'ouvrage est issu d'une grande liberté d'écriture de l'auteure. Comme sortis de ses rêves, les chapitres mêlent anecdotes contemporaines, histoire de personnages, réflexions, dialogues issus de tchats sur internet... 

Extrait :
"Bien sûr, ils étaient encore petits, ils n'étaient qu'à l'école primaire ; aussi ils ne tenaient pas longtemps avec les analyses vraiment prises de tête, ils avaient tout le temps envie de déconner. Certains jours où ils avaient du mal à anticiper le marché, ils disaient : "Quel après-midi pourri ! Si ça continue, je vais devoir vendre un de mes apparts à Cannes pour renflouer mes comptes de trading !" Ils avaient besoin de se défouler, même s'ils avaient conscience que le sujet était grave, même si quelques fois ils étaient soucieux et demandaient à la maîtresse : "Maîtresse, le but des banquiers, c'est de ruiner tout le monde ou quoi ?" - Juste les petits comme toi, répondait la maîtresse. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Et eux ils doivent se faire de gros bénéfs. En plus, expliquait la maîtresse, ils peuvent te fourguer les produits merdiques qu'ils ont inventés et travailler avec des infos privilégiées en utilisant leurs fonds propres. Donc on peut pas lutter... c'est comme ça"
C'est disparate, décousu, on peut passer du coq à l'âne, faut s'accrocher, car parfois, on perçoit des liens, des cohérences. Les formes changent aussi, des extraits de presse supposée, aux notes autour des baisers en passant par les passages romanesques aux personnages bien campés ou de réflexions très actuelles. Souvent on est dérouté, dubitatif, et puis parfois les pensées sont lumineuses, joyeuses, pertinentes, brillantes. L'ironie et l'humour sont présents mais aussi une certaine analyse de faits et d'us contemporains, pour révéler leur absurdité, leur existence, leur danger. Une lecture qui me laisse mitigée, avec des aspects qui m'ont ravie, dont l'originalité et la pertinence m'ont touchée, et d'autres moments qui m'ont un peu laissée en chemin, dans le doute. _________[merci Nicole !]

L'avis, déçu, de Christw - MarquePages
L'avis, enchanté, d'Henr Mouffetal - Sous les portes

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