Cinéma d'émotions - Heures d'évasion - Echanges inspirés - Zapping critiquable . Livres (peu) aimés et Oeuvres inoubliables !...

08 février 2010

MON PERE EST FEMME DE MENAGE

de Saphia Azzeddine
Roman - 170 pages
Editions Léo Scheer - août 2009

Paul (ou Polo) est un garçon de banlieue, fils d'immigré
(portugais ?) Contrairement à ses camarades, il est assez porté sur les mots, sur la richesse de la langue, cette langue que maîtrisent plutôt les gens de bonne famille. A part peut-être aux yeux de Priscilla, il est la risée de tous. Tant pis, il n'a pas de chance. Pas assez beau pour plaire, pas assez érudit pour impressionner. Tous les matins son père se lève à 6h pour aller faire le ménage, et souvent le soir Paul le rejoint pour l'aider dans son travail. Pas vraiment un héros son père, ses phrases sont truffées de fautes d'orthographe, sa vie est rythmée par ce travail de femme de ménage éreintant, il n'est pas toujours délicat, mais, son père, qu'est-ce qu'il l'aime !
Excellente découverte ! Dès les premières pages on est totalement conquis par la plume acerbe et tendre de Saphia Azzeddine. Par son personnage aussi, entouré des copains de son âge, de sa soeur dont il critique tant l'entêtement à se présenter aux concours de miss, de ses parents, sa mère handicapée et surtout ce père qu'il ne peut admirer, mais qu'au fond de lui il respecte et aime infiniment.
Extrait :
"Mes copains n'étaient pas là pour se foutre de moi, alors j'en ai ouvert un, j'ai même osé en lire quelques lignes. Puis une page. Et j'en ai ouvert d'autres. Une fois, j'ai lu un livre entier.
J'apprenais qu'un homme pouvait prendre quatre cents pages pour dire à une femme qu'il l'aime. Quatre cents pages avant le premier baiser, trois cents avant une caresse, deux cents pour oser la regarder, cent pour se l'avouer. A l'heure où on envoie des textos quand on a envie de baiser, je trouvais ça prodigieux, vertigineux, fou, démesuré, extravagant, insensé, grandiose..."

Il y a la banlieue et sa population arc-en-ciel avec les tabous culturels, les vannes que l'on peut faire ou pas entre les communautés. L'auteur ne s'en prive pas au travers de Paul. C'est très juste et très affectueux souvent. Il y a aussi les vacances pendant lesquels on ne part pas mais pour lesquels on échafaude une destination fictive, et tous ces complexes sociaux qu'il faut masquer, habiller, ne jamais laisser paraître.
Son père est d'accord avec lui : il ne faudra pas qu'il ait la même vie que la sienne. Mais Paul est moche, petit, d'une famille pauvre... Heureusement pour le lecteur : il est très drôle, et on rit beaucoup des situations, des répliques qu'il inflige, de ses pensées désobligeantes. Grâce à la plume très pincée, très vivante et très efficace de l'auteur. Une centaine de pages qui se dévorent avec un plaisir non feint puisque les éclats de rire ne peuvent être réprimés...
.
"L'humiliation en héritage" - Jeune Afrique
L'avis de Marie Lebrun - Ed. Léo Scheer

Libellés : ,

07 février 2010

INVICTUS

de Clint Eastwood
Drame historique - 2h10
Sortie salles France - 13 janvier 2010
avec Morgan Freeman, Matt Damon, Scott Eastwood...


En Afrique du Sud, Nelson Mandela est élu président de la nouvelle république qui doit tourner le dos à l'apartheid.
Sa tâche s'annonce très difficile et il le sait. Or dans douze mois se jouera la coupe du monde de rugby à domicile. Si les Springboks sont loin d'être favoris, et loin d'être supportés par la majorité noire - qui voit en cette équipe non représentative, en son hymne et ses partisans tout le symbole ségrégationniste - c'est l'opportunité rêvée par Mandela pour faire d'une équipe victorieuse un emblème fédérateur. Heureusement, le capitaine
François Pienaar paraît enclin à motiver son équipe...

Le titre Invictus fait référence au poème préféré de Nelson Mandela. Ce texte ne laisse aucun doute sur la détermination de ce grand homme qui apparaît malicieux et volontaire.
J'ai trouvé le film très convenu, classique, digne d'un réalisateur moyen mais pas forcément à la hauteur de Clint Eastwood... Et puis ces bruitages pendant les matches de rugby dans la dernière partie du film, trop exagérés, assez exaspérants ! C'etait un peu too much mais le jeu des acteurs est parfait, y'a rien à dire dessus... .

Le principal intérêt du film réside dans le fait de nous faire découvrir un épisode emblématique de la vie politique de Nelson Mandela et de L'Afrique du Sud, de porter à l'écran l'Histoire contemporaine.

Une mauvaise langue que je connais très bien m'a glissé à l'oreille que c'est la bonne année pour sortir un tel film et attirer quelques sponsors de plus avant la coupe du monde de football qui aura lieu dans quelques mois... en Afrique du Sud !

Invictus, vu par J-M Gonzalez, ex-talonneur de l'équipe de France - SudOuest.com

L'avis de la langue bien pendue - Lu et approuvé

Libellés : , , ,

05 février 2010

LES LIEUX SOMBRES

de Gyllian Flynn
Thriller - 480 pages
Editions Sonatine - à paraître le 18 février 2010

Il y a 25 ans, Libby Day fut témoin du meurtre de ses soeurs
et de sa mère. Elle avait sept ans, et son frère aîné, Ben, a été accusé de ces crimes, confirmé par le témoignage de Libby. A l'époque, le pays entier fut sous le choc et elle hérita de 300 000 dollars de dons. Vingt-cinq ans plus tard, Ben est toujours en prison et Libby est une femme inactive, en dépression, ayant épuisé ses ressources financières. Elle est aussi beaucoup moins innocente et aimable qu'il n'y paraissait. Contactée un jour par une association atypique qui aime se replonger ces faits sordides et qui oeuvre à la réhabilitation de Ben, elle accepte, avec une contrepartie financière, de rechercher l'exacte vérité et de reprendre contact avec les survivants de cette nuit-là et les lieux sombres de son passé...
Les lieux sombres est un livre très dense, comme des lieux sombres qui laisseraient difficilement passer la lumière. C'est aussi très bien écrit, très bien traduit par Héloïse Esquié. Ca se lit d'autant plus vite, avec d'autant plus d'avidité que la progression est totalement maîtrisée. Gillian Flynn alterne les chapitres qui se déroulent aujourd'hui, avec la trentenaire Libby qui mène cette enquête particulière, secondée et influencée par Lyle et son groupe un peu macabre, et les chapitres qui relatent les faits de ce funeste 2 janvier 1985, heure après heure. Le lecteur progresse donc doublement, en temps réel avec le déroulement du jour J et en différé avec Libby, ses souvenirs, ses découvertes et ses mésaventures. Ca commence ainsi :
Extrait :
"La mesquinerie qui m'habite est aussi réelle qu'un organe. Si on me fendait le ventre, elle pourrait fort bien se glisser dehors, charnue et sombre, tomber par terre, et on pourrait sauter dessus à pieds joints. C'est le sang des Day. Il y a quelquechose qui cloche. Je n'ai jamais été une petite fille sage, et ça a empiré après les meurtres. En grandissant, Libby la petite orpheline est devenue maussafe, lymphatique, trimballée de mains en mains au sein d'un groupe de parents éloignés - des cousins issus de germains, des grandes-tantes, des amis d'amis-, collée dans une série de mobil-homes ou de ranches décatis aux quatres coins du Texas. J'allais à l'acole dans les vêtements de mes soeurs mortes : des chemises aux aisselles jaunies."
On sombre bien vite dans l'horreur. Une famille pauvre dans cette contrée du Middle West à l'agonie, une mère débordée et bordélique, un grand frère sur une pente dangereuse à cause de ses fréquentations, un père alcoolique absent mais qui fait des apparitions pour réclamer de l'argent qui comblerait ses dettes, et puis ce drame et la famille déjà mal en point est anéantie. C'est pourquoi il faudra un courage immense à Libby pour faire face à ses cauchemars les plus marquants.
Il est à souligner l'exceptionnelle densité psychologique des personnages, tous très complexes, tous à plaindre et à craindre à la fois. Libby est un peu démoniaque, très voleuse et assez détestable ce qui fait d'elle une victime que l'on suit autant sur son histoire passée que sur ses comportements, ses attitudes et son caractère. Il en est de même pour beaucoup d'autres personnages du roman. Et même le ventre transpercé par un couteau, glissant lentement vers le sol, les pensées et les sensations des personnages nous sont transcrites.
Bref, à chaque chapitre, à chaque page son lot de malaise et d'angoisse, sur fonds d'accusation pédophile, de satanisme, de misère et de perversité.
Brrr... Moi qui lit rarement des thrillers, je dois avouer que celui-ci m'a complètement séduite ! Jusqu'à la dernière ligne. _____________[merci à Blog-O-Book !]
.
L'avis de Tinusia - Marque Pages
L'avis d'Emeraude - Là où les livres sont chez eux

Libellés : , , ,

03 février 2010

COMPLICES

de Frédéric Mermoud
Policier - 1h30
Sortie salles France - 20 janvier 2010
avec Cyril Descours, Nina Meurisse, Gilbert Melki, Emmanuelle Devos...
Le corps d'un jeune homme est retrouvé dans les eaux du Rhône, près de Lyon. Les policiers chargés de l'enquête, ne savent pas encore qui était Vincent, quelle histoire d'amour il vivait avec Rebecca, et quelle double vie de prostitution masculine il menait.
Plongée immédiate dans un monde froid, un polar glacial où se mêle la mort, le sexe, la complicité dangereuse. Ou comment une histoire d'amour juvénile va être mêlée à des relations sordides et des meurtres. Beaucoup de scènes crues, choquantes surtout par les situations perverses auxquelles se confrontent volontairement Vincent et Rebecca.


Complices est un thriller totalement réussi. Par la qualité de l'image, des scènes, des couleurs froides et chaudes. Par ces deux histoires de couple qui évoluent en parallèle : celle des 2 flics, qui se comportent comme un ancien couple ; celle des 2 jeunes dont l'amour naissant, neuf, franc, irradiant, semble plus fort que tout, que la différence de leurs origines sociales respectives, que les heures de prostitution à 3, que les rapports à l'argent, que les jalousies extérieures, que le risque de l'illégalité.
Il y a l'enquête et il y a, en alternance, les scènes des semaines qui précèdent le drame et où on voit les deux jeunes évoluer, depuis leur rencontre dans un cyber-café alors que Vincent prenait contact avec des clients. Il y a les rapports humains, cette complicité entre les amoureux et puis, lors du dénouement de l'enquête, cette complicité anti-professionnelle, celle que les deux policiers chargés de l'enquête n'ont pu s'empêcher d'avoir...
En tout cas, ces deux là, j'ai nommé Cyril Descours et Nina Meurisse, il faut s'attendre à les revoir sur les grands écrans, ils sont vraiment convaincants !
.

Libellés : , ,

29 janvier 2010

LE REFUGE

de François Ozon
Drame - 1h30
Sortie salles France - 27 janvier 2010
avec Isabelle Carré, Louis-Ronan Choisy, Pierre-Louis Calixte, Melvil Poupaud...

Quand Louis meurt d'une overdose, sa copine Mousse, héroïnomane également, a la chance d'être épargnée. Elle apprend qu'elle est enceinte. Face à la famille très aisée et très inhospitalière de Louis, elle se retrouve seule, et pour affronter ce double choc, décide de quitter Paris pour le pays basque, dans une maison qui sera son refuge alors qu'elle entreprend son traitement de subtitution à la méthadone. Elle est rejointe quelques mois plus tard par Paul, le petit frère de Louis, qui est en vacances. Ce qui les rapproche ce sont leurs différences. Ce qui devrait les rapprocher les oppose. Grâce à lui, Mousse se remettra lentement sur les rails de la maternité et de l'envie de vivre.

C'est l'histoire d'une grossesse sur fond de deuil et de désintoxisation. L'histoire d'une junkie qui se coupe du monde pour panser ses blessures et éviter de penser, pour enfin comprend que du monde, elle en a besoin sans plus savoir aimer. Infilmable donc, trop pathétique. Et pourtant. C'est l'histoire d'une rencontre, d'une redécouverte de l'autre, de Paul, son beau-frère, d'un attachement qui va naître mais qui en rien ne sera évident. Rien de l'histoire d'amour convenue. Si Mousse martèle souvent que Paul ressemble à son frère, c'est pure coïcidence finalement. Ou besoin de voir en l'autre l'être regretté.

Il y a dans ce film de François Ozon beaucoup de délicatesse, de pudeur malgré ces corps filmés, malgré ce ventre véritable qui fait du Refuge un des rares films sur la grossesse réalisé avec une actrice véritablement enceinte. Réalisé par un homme avec un regard très intelligent. Enceinte mais pas en voie vers la maternité. Ce ventre est là sans qu'elle sache comment l'appréhender, hormis tenter de l'ignorer ou se souvenir du père...

Il y a aussi dans ce film l'envie du réalisateur de nous faire réfléchir comme souvent, sur la mort, sur la filiation, sur la famille et ses vérités tues, sur l'homoparentalité et la monoparentalité aussi.
Et puis aussi, il y a cet aspect presque documentaire sur les ravages de la droque dure dans certains milieux très aisés, et la grossesse des femmes sous traitement à la méthadone. Une grossesse possible. Et derrière, une naissance possible d'un enfant pour l'avenir. Et derrière une renaissance possible pour une femme déboussolée. Possible mais pas systématique. La fin du film nous renvoie à l'angoisse pour Mousse, au spectre de l'inévitable rechute, à nos désillusions...

Derrière son visage enfantin, Isabelle Carré laisse voir une dureté inhabituelle. Elle évoque de plus en plus Isabelle Huppert je trouve...
Impossible de parler des acteurs en omettant d'applaudir la prestation de Louis-Ronan Choisy, un très bel homme, un comédien que l'on découvre ici, ainsi que ses talents de chanteur-compositeur et la tendresse infinie de sa voix : il joue une scène où il interprète au piano une des ses compositions pour l'occasion (voir la vidéo ci-dessous), avec un clin d'oeil à Mousse. Très joli dans le film.
.



Louis-Ronan Choisy & Isabelle Carré - Le Refuge
extrait de la BO du film. Album de Louis-Ronan Choisy "Rivières de plumes" prévu pour mars 2010

Libellés : ,

28 janvier 2010

JE MOURRAI PAS GIBIER

d'Alfred
Bande dessinée - 112 pages
Editions Delcourt - janvier 2009

Dans un village un peu replié sur lui-même, la vie s'organise autour de la scierie pour les uns ou des vignobles pour les autres. Dans cette population divisée, ces deux corps de métier sont tels deux clans rivaux qui se détestent. Et puis il y a Martial, jeune adolescent, qui ne tient pas à faire comme ses parents, et Terence, le simplet à la figure amochée, qui vit en marge. Le jour du mariage de son frère, Martial sera très mal à l'aise, et ouvrira le feu sur la foule en fête. Pourquoi ?
On est à la campagne, y'a l'herbe, le vent qui s'engouffre par les fenêtres ouvertes, le ciel bleu... Il y ferait bon vivre, mais voilà : l'histoire s'ouvre sur un drame qui vient d'avoir lieu, une tuerie lors d'un mariage, le geste de folie d'un adolescent. Pour comprendre, comme dit Martial, il y a des spécialistes pour ça. Néanmoins, jusqu'à la dernière page, on reste scotché aux cases qui défilent pour enfin saisir les motivations de ce jeune homme, blessé, profondément blessé et dégoûté d'appartenir à la même communauté humaine que son frère et ses amis, que ses parents, ... qui sont enferrés dans des clivages stupides et qui pensent légitime de commettre des actes de violences gratuite envers un homme, si ce dernier est le fou, le souffre-douleur du village, le marginal.
Le scenario de cette bande dessinée est très habile, et par cette progression terrifiante, - bien que l'on en connaisse l'issue -, et par les intensités variables du graphisme des cases, on est, encore plus que spectateur, acteur de ce drame, car le visage de Martial nous échappe, il est noirci, ou hors champ...
Cet album est l'adaptation très réussie du roman éponyme, de Guillaume Guéraud.
La violence est dans le pré...

Libellés : ,

26 janvier 2010

LE TEMPS QU'IL RESTE

d'Elia Suleiman
Comédie dramatique - 1h45
Sortie salles France - 12 août 2009
avec Saleh Bakri, Yasmine Haj, Leila Muammar...

En 1948, le père d'Elie s'est battu contre la "libération Israélienne de la Palestine". Et il est resté, Arabe en Israël, minorité dans son propre pays. Marié, bientôt père, la vie continue. Avec ses absurdités, sa tristesse, sa tendresse familiale.
Second film vu dans le cadre du festival Télérama, Le temps qu'il reste m'a déçue. Je reste sur ma faim quant à la cadence de ce film, qui laisse certes à bon escient la part belle aux silences, mais nous laisse parfois un peu trop dans la contemplation passive, bref, un brin d'ennui.
Les images, les couleurs, les plans séquences sont de toute beauté, très précis, très travaillés. Mais le rythme de ce film est souvent lent, et le temps qu'on reste à le regarder semble long. C'est vraiment dommage.

Cependant je n'oublie pas la malice, l'humour détaché, le comique de répétition qui fait s'installer une certaine familiarité entre le spectateur et cette vie lointaine, le burlesque qu'Elia Suleiman a su mettre dans ce film très autobiographique basé sur les carnets écrits par son père.
Je n'oublie pas non plus le visage de Saleh Bakri, l'acteur principal (mesdames, si vous voyiez ses yeux !!).
.

Libellés : ,

25 janvier 2010

GAINSBOURG (VIE HEROIQUE)

de Joann Sfar
Conte biographique - 2h10
Sortie salles France - 20 janvier 2010
avec Eric Elmosnino, Lucy Gordon, Laëtitia Casta, Anna Mouglalis, ...

Gainsbourg. Sa vie, son oeuvre. Son enfance aussi, les années où le petit Lucien Ginzburg doit obéir à son père et étudier le piano, où il doit porter cette satanée étoile jaune, où son physique disgracieux le hante autant que son double caricatural et précoce qui le suit souvent. Mais déjà Lucien est poète et n'a pas si froid aux yeux en compagnie de femmes... Il étudiera la peinture. Et pour se payer ses études, il joue la nuit dans un piano bar. Une femme, des femmes, les femmes les plus en vue bientôt seront admiratives et sa carrière d'artiste compositeur sera lancée.

Que c'est beau ! Dès le générique de début, on est plongé dans un univers de poédie, de malice, dans un conte fait de dessins animés par Joann Sfar. Sa petite figurine fragile qui virevolte, la clope au bec... Et puis cet enfant qui est si touchant, si malicieux, chez qui on aime à surprendre les attitudes et les comportements que Gainsbourg aura. Sa relation aux autres, aux parents, à la guerre, à lui-même et à ses peurs, elles nous sont exposées dans ses séquences de l'enfance de Gainsbourg.

Une belle part est faite aux séquences musicales, qui sont élégemment amenées, et donc on peut se délecter.... Notez que le contraire eût été vraiment dommage pour une biographie sur ce chanteur, mais il faut le souligner, car cela participe de l'atmosphère poétique et suave du film. A l'inverse, il est très peu question des apparitions de Gainsbourg dans les média. Ca tombe bien, on les a assez vues.
J'aurais pu rester 10 heures de plus à regarder ce conte biographique de Gainsbourg, ces attitudes d'Eric Elmosnino, à écouter ces morceaux fétiches... Le film s'achève à la naissance de Lucien, son enfant d'avec Bambou. Il ne poursuit pas après, comme si la boucle était bouclée là, avec ce petit homme qui porte son prénom. Joann Sfar, parce qu'il aime trop Gainsbourg pour le ramener à la dure réalité de la fin de sa vie, a décidé de fermer là la page du conte.
J'ai une question qui me taraude : ils n'ont quand même pas repeint la façade tagguée du 5 bis rue de Verneuil !
.

Libellés : ,

24 janvier 2010

WELCOME

de Philippe Lioret
Drame - 1h50
Sortie salles France - 11 mars 2009
avec Vincent Lindon, Firat Ayverdi, Audrey Dana, Derya Ayverdi, ...

Le jeune Bilal est arrivé non sans mal à Calais, et compte bien poursuivre sa route pour rejoindre Londres et sa bien-aimée qu'il n'est pas arrivé à joindre depuis des mois. Plus que déterminé, il se rapproche de
migrants de sa nationalité, irakienne (kurde). Le problème, c'est que ce que les passeurs proposent - traverser à bord d'un camion, caché entre les marchandises, un sac plastique sur la tête pour éviter que les douaniers ne détectent le CO2 de la respiration des clandestins - il a déjà essayé mais sans succès. Alors finalement, si les côtes anglaises sont visibles depuis la plage de Calais, c'est qu'on peut y aller à la nage, songe-t-il... Il n'a jamais fait de natation mais s'inscrit à des cours de la piscine municipale. Simon, le maître nageur, touché par la volonté de ce jeune homme, ira jusqu'à l'aider, le nourrir de temps à autres, l'héberger aussi... Et s'attirer des ennuis policiers...
Le festival Télérama m'a permis cette année de voir Welcome, 7 mois après sa sortie et ses centaines de milliers d'entrées.
Welcome est une très belle histoire humaine, entre deux hommes, l'un statique retenu par son passé, l'autre attiré par l'Ailleurs. Simon (Vincent Lindon) est statique, maître nageur ex-champion, mais qui ne nage plus guère, ex-mari, mais qui n'arrive pas à voir sa femme s'éloigner. Il a du mal à cacher qu'il tente de l'impressionner pour qu'elle revienne.
Car avant d'aider Bilal, le migrant, par engagement et conviction, il le fait un peu par défi, par envie de se valoriser au yeux de son ex qui, elle, offre bénévolement son temps pour les repas offerts aux migrants de Calais.

Bilal, magnifiquement joué par Firat Ayverdi, est jeune, amoureux et téméraire. Il veut à tout prix gagner l'eldorado britannique. En Simon, il trouve le secours qu'il n'osait plus espérer, ce qui ne l'empêche pas de se heurter à ces dernières frontières à franchir comme à un mur blindé.
Le film est cependant un peu irréaliste, adouci, embelli, avec ce cas extrême d'un migrant tentant de rallier l'Angleterre à la nage. Il est toujours sûr de lui, même pas apeuré par son compatriote qui cherche à se venger sur lui, et encore moins par la houle et la distance... Après tout peu importe, c'est un film et non un documentaire, et Philippe Lioret a avant tout voulu porter à l'écran une histoire, une histoire pour le cinéma, un cas particulier, avant d'en faire un film politique engagé, ce qu'il est malgré lui et du fait de l'actualité depuis sa sortie.
C'est évidemment beau, poignant et témoignant de la dérive des politiques d'immigration.
.

Libellés : ,

23 janvier 2010

PAPA ET MAMAN SONT DANS UN BATEAU

de Marie-Aude Murail

Roman jeunesse - 293 pages
Editions L'école des Loisirs - juillet 2009
Une famille française. Des bonheurs et des soucis professionnels. Des bonheurs et des soucis d'enfance et d'adolescence. M. Doinel, charismatique responsable d'une société de transport, doit faire passer à son entreprise et ses employés qu'il connaît de longue date, une sale période, pour cause de rachat et restructuration imposés... Mme Doinel, institutrice débordée, garde son calme tant bien que mal, mais apprécierait bien que son mari soit plus présent pour l'épauler.... Leur fille aînée Charlie est fan de manga, et moins fan de sa copine de collège qui sombre dans la niaiserie. Esteban, le fils inventif semble se laisser martyriser par ses camarades à l'école. Une famille classique en somme, avec son quotidien et sa tendresse, et souvent l'envie de se retrouver, pourquoi en partant vivre dans une yourte mongole, comme dans le reportage du magazine Psychologies...
Papa et Maman sont dans un bateau, c'est une histoire de famille, très réaliste, très contemporaine. Chacun des 4 membres de cette famille Doinel occupe à peu près la même place dans le livre, en terme de pages. On s'invite très facilement, grâce à l'écriture familière, drôle et tendre de Marie-Aude Murail, dans le quotidien de se quatuor. Le personnage du père Marc Doinel m'a particulièrement impressionnée, homme plein d'assurance mais dont l'orgueil et l'aisance vont être mis à mal par les pressions hiérarchiques et la crise économique.

Extrait :
"Le micro-ondes fit "ting" et le toaster fit "cloc". Mme Doinel s'aperçut, en le portant à ses lèvres, que le café était resté froid. Au deuxième essai infructueux, elle dut admettre que le micro-ondes ne fonctionnait plus. Autrefois, songea-t-elle, on vivait sans micro-ondes. C'était comme ce toaster sophistiqué qui, d'après la notice avait une fonction pain complet et une fonction blinis. Il s'était déréglé et ne connaissait plus que deux fonctions : pas grillé/brûlé. Aujourd'hui, c'était brûlé.
Tandis que la radio annonçait : "139 morts dans l'attentat de Karachi", Mme Doinel sentit la présence de sa fille à l'entrée de la cuisine, mais ne put détourner les yeux du mur en face d'elle.
- C'est obligé d'écouter ? demanda Charlie.
Mme Doinel eut l'impression de réintégrer brutalement son corps."

On passe un bon moment avec cette famille, avec en toile de fond des mots sur les regrets que provoque notre société de rendements et de consommation. Un très bon roman jeunesse, qu'on lit avec plaisir à l'âge adulte aussi !
.

L'avis de Rachel - Mes petits bonheurs
L'avis de Fashion - Happy Few

Libellés : , ,

21 janvier 2010

TAMARA DREWE

de Posy Simmonds
Roman graphique - 130 pages
Editions Denoël Graphic - janvier 2009
Prix Essentiel - Festival Angoulême 2009
Prix de la Critique - Association des critiques et journalistes de BD

Dans la campagne anglaise, il est une petite bourgade au nom de Stonefield qui abrite une maison d'hôtes particulière : Beth y héberge les écrivains en mal d'inspiration qui recherche le calme absolu. Mais le calme n'y est pas absolu. Il y a les engueulades de Beth et son mari Nicholas, son mari volage compulsif, et surtout la jeune et belle Tamara, journaliste people arrivant de Londres le nez refait et le souhait de s'installer dans le voisinage. Aucun ne résiste à son charme, ni Glen l'écrivain, ni le fier Nicholas bien sûr, ni même Andy le jardiner qui aide Beth aux tâches de la maison. Sous le regard des jeunes ados, cette petite communauté va vivre des
drames, des tromperies, des jalousies, des explications aussi.
Inspiré du roman classique de Thomas Hardy, Loin de la foule déchaînée, Posy Simmonds a bâti un roman graphique exceptionnel. Il y a du texte narratif, des coupures de journal qui relate les chroniques de Tamara, et des bulles au dessins et aux couleurs délicates. Une pure merveille que cette BD !


On y est plongé dans ce milieu, dans cette histoire comme dans un film, très vite captivé, sensible aux expressions de chacun, aux couleurs de la campagne qui nous font ressentir le froid, la brume, l'humidité.

Apparemment, il faut aussi lire le premier ouvrage de Posy Simmonds, Gemma Bovery, qui semble valoir le détour !
.

Libellés : ,

18 janvier 2010

LES PETITS RUISSEAUX

de Rabaté
Bande dessinée - 96 pages
Editions Futuropolis - mai 2006
Grand prix de la Critique - Festival Angoulême 2007

Pierre et Edmond sont deux retraités qui aiment aller ensemble à la pêche. Ils sont tous deux veufs, mais Edmond cache bien son jeu : certains jours il se fait beau pour des rendez-vous galants en ville ! Et chez lui, une quantité de tableaux de nus féminins qu'il peint ! Le jour où il l'apprend, Pierre en reste sur son postérieur. Malheureusement, Edmond décède quelques temps plus tard. Alors, à son tour, Pierre va éprouver le désir de vivre de nouvelles choses, pourquoi pas d'écouter son désir pour les femmes. Oui mais voilà, la culpabilité vis-à-vis de sa défunte épouse ne le lâche pas. Sur un coup de tête, sur une mauvaise idée, il va prendre la route pour un épisode particulier de sa vie, aux accents de sex, drug and rock'n roll !...
Cette bande dessinée a provoqué chez moi un vrai enchantement ! La malice de Rabaté est perceptible : quand il nous entraîne dans cette province reculée entre deux retraités aux maisons défraîchies c'est pour mieux nous surprendre et nous émouvoir à mesure que l'on découvrira la face B de ses personnages. Car il n'ont pas dit leur dernier mot. Et si Edmond décède prématurément, Pierre nous réserve de bonnes surprises, y compris une immersion enfumée au sein d'une communauté hippie qui vit d'amour, de sexe, de vin et d'herbe. Du bonheur à lire et à regarder ! De la tendresse à ressentir dans les portraits de ces personnages très humains.
Le seul bémol peut-être ce sont les quelques fautes d'orthographe oubliées çà et là, mais je doute que cela dérange beaucoup de lecteurs.
Une chose est sûre, Les petits ruisseaux font aussi les grandes joies !

"Les petits ruisseaux" de Rabaté bientôt au ciné par Rabaté ! - France3
L'avis d'Alain - La mer pour horizon

Libellés : ,