Cinéma d'émotions - Heures d'évasion - Echanges inspirés - Zapping critiquable . Livres (peu) aimés et Oeuvres inoubliables !...

21 octobre 2005

GABRIELLE, de Patrice Chéreau (film)

Film français avec Isabelle Huppert, Pascal Greggory, Thierry Hancisse ...
Sortie en salles le 28 septembre 2005
Comédie dramatique - Durée 1h30
D'après la nouvelle
"Le retour" de Joseph Conrad
Sélection officielle pour le festival de Venise
Jean et Gabrielle Hervey, un couple bourgeois arrogant et froid, coulent une existence rythmée par les évènements mondains. Qui ou quoi peut les détourner de leur chemin pavé de richesse et de bon goût ? Eux-même peut-être. Ce bel édifice s’effondre quand, rentrant chez lui un soir, Jean comprend que Gabrielle a déserté le domicile conjugal, laissant derrière elle une missive lui annonçant sa décision de le quitter. Il n’a pas sitôt repris ses esprits que Gabrielle est de retour. Commence un huis clos oppressant pour ces deux êtres pétris de frustration et de désir.
Notre histoire se déroule à Paris en 1912, et les moyens matériels n'ont pas été négligés pour nous transposer vraiment au début du siècle dernier, dans cet univers de la bourgeoisie à la dentelle blanche et aux verres de cristal. Mais on est également plongés dans les moeurs de l'époque, et le film est l'occasion de souligner à quel point la société a quand même évolué en laissant aux femmes et aux sentiments une plus grande visibilité, encore que ce ne soit pas le cas partout... Dans cette bourgeoisie, le mariage est une institution qui se soucie peu de la réciprocité amoureuse...

Les dialogues sont souvent d'une justesse et d'une dureté terrifiantes :
"Après tout, je vous aimais", lance Jean à Gabrielle, qui répond, cinglante :
"Je ne pouvais pas le deviner.
Si j'avais cru que vous m'aimiez, je ne serais jamais revenue".
Oui, ça calme...
Le parti pris esthétique est évident dans ce film, et au-delà de la reconstitution des décors et costumes d'époque, Patrice Chéreau ose des fantaisies de mise en scène que l'on trouvera irritantes ou brillantes. A dire vrai, elle ne sont pas forcément utiles et peuvent gêner la compréhension. Il y a une subtile alternance entre le noir & blanc et la couleur, et des passages muets avec des répliques s'affichant à l'écran... Tous ces soins apportés à la réalisation sont peut-être là pour démarquer "Gabrielle" d'une pièce de théâtre filmée.

J'ai trouvé la première partie du film éblouissante, avec des scènes quasi-documentaires servant à camper ce milieu bourgeois aux antipodes des milieux ouvriers populaires (l'arrogance de Pascal Gréggory se faufilant dans la foule d'un quai de gare à contre-courant de la masse prolétarienne...), mais ensuite, j'ai trouvé que tout cela s'essoufflait un peu, comme s'il était plutôt destiné au théâtre, ou finalement à la lecture.
Quant au jeu de nos deux grands, que dis-je, IMMENSES !, comédiens français, il n'y a rien à redire, ils sont majestueux ! Tour à tour hautains et effondrés, ironiques et sincères, mais toujours si justes....

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