Cinéma d'émotions - Heures d'évasion - Echanges inspirés - Zapping critiquable . Livres (peu) aimés et Oeuvres inoubliables !...

03 novembre 2005

L'ENFANT, des frères Dardenne (film)

Film français et belge
Avec Jérémie Renier et Déborah François
Drame - Durée 1h35min
Sortie le 19 octobre 2005
Palme d'Or Festival de Cannes 2005

Il y a ceux qui ont l’argent et ceux qui sont bien obligés de se débrouiller sans. Bruno se débrouille, dans l’illégalité complète. Le bien, c’est avoir un paquet de billets pour s’amuser, pour dépenser. Le mal, c’est quand il n’y en a plus. Facile, la morale. Mais il y a Sonia, son amie. Pendant qu’elle accouche, Bruno boit des bières avec ses copains, sous-loue leur appartement. Sonia sort seule de la maternité avec son bébé. Commence alors, pour Sonia et Bruno, un étrange et pathétique parcours pour apprendre à être parents.
Parcours douloureux et cruel. C'est à mes yeux un film sur la misère sociale et l'immaturité. On retrouve une certaine ambiance rappelant celle des "films socio-réalistes" anglais (Ken Loach, Mark Herman avec "Secrets et mensonges"...) ou belges (Bruno Dumont, avec "La Vie de Jésus"...) sans humour ni happy end... Enfin, si certains en ont vu une, moi j'ai trouvé la fin très abrupte...
L'abandon d'enfant n'est pas un sujet couramment traité, encore moins la vente sauvage de son propre fils de 9 jours. Ceci survient parce que la paternité de Bruno n'arrive pas à naître. Les réalisateurs se sont posé cette question : "L'amour de Sonia, qui est immense, allait-il suffire pour lui faire prendre conscience de la présence de cet enfant ? On a pensé que non, que l'amour ne suffisait pas." Mais Bruno ne voit même pas son enfant, il ne parvient pas à se projeter en lui. Jusqu'à quand ?
Même si les jeunes acteurs ne laissent aucun doute sur leurs compétences face à la caméra, je n'aurais pas voté pour ce film lors du choix pour la palme d'Or du festival de Cannes...

Autres points de vue :
Recherche âme désespérément
Un captivant suspense existentiel

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2 Commentaires:

Anonymous JB dit...

"L'Enfant", c'est l'histoire d'une adolescence paumée, de jeunes sans repère sur fond de crise socio-économique. Il est important de situer l'action, qui se déroule à Liège et dans ses environs, c'est-à-dire dans une Belgique wallonne qui connaît de très forts taux de chômage, parfois à plusieurs dizaines de points.
Ce qui choque avant tout, c'est la destructuration de la vie de Bruno, son absence totale de repères, de valeurs. Ou plutôt si, il en a une, de valeur. Une seule. L'argent. Son unique but dans la vie, c'est d'en avoir. Sa préoccupation quotidienne, d'en trouver. Tous les coups, toutes les combines sont permis. Acheter, voler, vendre, revendre, louer, sous-louer : voilà les seuls verbes qui comptent dans le vocabulaire du jeune homme.
Bruno, finalement, accepte pleinement le monde dans lequel on vit, le paradigme de l'argent-roi qui nous régit. Il en fait son idôle, sa seule doctrine. Ce même phénomène est à l'oeuvre dans nos banlieues, et plus généralement dans toutes les "zones de non-droit" urbaines : de jeunes gens suivent l'exemple de gens moins jeunes en labourant quotidiennement, avec une constance et une abnégation qui force le respect (qui a dit que les jeunes de banlieue sont des fainéants, des bons-à-rien, alors même qu'ils se lèvent chaque jour pour "faire du blé" ?), les sillons d'une vie de larcins et de rapines en tout genre, des sillons qui parfois s'élargissent pour laisser place au crime organisé, au trafic de drogues dures, etc.
Mais non, Bruno n'est pas un simple avatar de la violence et de l'illégalité qui peut régner dans les zones urbaines déshéritées de nos pays occidentaux. Pas encore. Ce qui, chez lui, dépasse l'entendement humain, c'est évidemment le fait qu'il est prêt, pratiquement sur un coup de tête, à vendre son enfant pour avoir accès à une somme d'argent plus grande que tout ce qu'il a jamais eu à palper dans sa courte vie de vingtenaire. Cela, cette cruauté -- par rapport à lui-même mais surtout à l'égard de la mère de l'enfant, Sonia, jeune actrice poignante qu'on espère revoir à l'écran bientôt --, sépare encore les jeunes délinquants au profil "classique" de la figure de Bruno.
Et pourtant...
Les frères Dardenne nous mettent en garde contre le genre de pathologies qui peuvent se développer dans notre société de consommation minée par le chômage et l'exclusion. "Pathologies", car Bruno est malade, évidemment. L'individu a un temps été totalement déréglé, mécanique déglinguée entre les mains de l'argent-roi. Il reviendra ensuite sur ses actes et semblera les comprendre à la fin du film (ce qui donne cette magnifique scène finale, et l'écran noir arrivant là est comme une gifle magistrale infligée au spectateur. Chapeau, messieurs Dardenne), accédant ainsi à une sorte de rédemption.
Il est temps d'agir, pour éviter que de tels drames humains se multiplient. Dans le même genre de comportements de jeunes sans repères, pour qui la vie humaine a un prix presque négligeable et qui n'ont aucune notion de ce que le mot "cruauté" peut signifier, nous avons bien eu l'affaire de Sohane, brûlée vive en 2002. Seul un changement radical dans notre modèle de société serait à même de nous mettre à l'abri de tels actes, qui nient la valeur de la vie humaine en sacrifiant tout à la loi du plus fort, du plus puissant, du plus riche.

vendredi, 25 novembre, 2005

 
Blogger Lo dit...

Ou comment voir dans ce film une alerte politique et sociale !... Merci pour cette étude fouillée, ton point de vue méritait d'être exposé tant il permet de mieux comprendre ce film.
Je n'ai pas vu cette critique d'une société dédiée à "l'argent-roi" car Bruno, avant d'avoir pour seul but celui d'en faire cherche à manger et à avoir de quoi s'acheter un "casse-dalle" dans la première brasserie qui se présentera. Il a besoin de cet argent pour vivre au jour le jour, pour survivre. Il a un honneur et veut pouvoir être autonome également, il ne voit aucun intérêt à faire confiance aux institutions sociales si tant est qu'il y en ait... Il se loge lui-même, s'habille lui-même, mange en achetant avec son pécule durement gagné. Et quand l'occasion se présente de reçevoir une somme assez conséquente, il voit là une solution "durable" justement, c'est peut-être là le début de la maturité car il veut avoir une certaine sécurité et vivre plutôt "au mois le mois" qu'"au jour le jour"...
La tendresse, la clairvoyance, la raison, sont des sentiments qu'un ventre vide éclipse...

vendredi, 25 novembre, 2005

 

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