L'HIBISCUS POURPRE
de Chimananda Ngozi AdichieRoman - 410 pages
Editions Anne Carrière - Août 2004
Editions Livre de Poche - Octobre 2006
Prix des Ecrivains du Commonwealth 2005 - Meilleur Premier Roman
Kambili a quinze ans et vit au Nigeria avec son frère Jaja, complice, sa mère ultrasoumise et son père, ce père qui terrorise le foyer. A la ville, cet homme est un riche et généreux notable. A la maison, c'est un catholique extrémiste qui n'hésite pas à faire appliquer ses principes rigoureux en se servant de la baguette ou de l'eau bouillante sur ses enfants ou sa femme.Autant le dire tout de suite, j'ai adoré ce roman, j'ai été éblouie par le talent de la toute jeune Chimananda Ngozi Adichie, à peine 25 ans, qui nous donne à lire un premier roman d'une grande maturité et d'un réalisme bouleversant. Elle nous ferait mettre notre main au feu que c'est en grande partie autobiographique (et ce n'est pas le cas !)
Le jour où leur tante Ifeoma, professeur universitaire, insiste pour prendre les enfants, Kambili et Jaja, quelques jours chez elle, le père se laisse difficilement convaincre. Mais il cède et c'est le début de grandes découvertes pour Kambili et son frère. Ils vont découvrir un autre monde, étranger même si c'est selui de leur propre famille : leur tante et leurs cousins vivent avec les rires, le dialogue, le bonheur autorisé et la culpabilité rare. Certes le confort et l'opulence des repas ne sont pas là, mais cette vie simple va peu à peu les convaincre, leur souffler l'envie de se libérer de la tyrannie paternelle...
C'est Kambili qui s'adresse à nous dans ce roman écrit à la première personne. Elle observe les routines archaïques et les drames étouffés que couve le foyer familial.
Kambili ne fait qu'observer car elle ne parle quasiment jamais, par peur de déplaire à son père qu'elle craint et qu'elle aime. Elle agit toujours en retenue, son éducation l'a façonnée ainsi, avec une forte idée du péché. Elle devra fournir des efforts surhumains pour arriver à apprécier sans honte ce qu'elle devrait s'interdire de vivre. Comme dormir chez sa tante, en présence de son grand-père païen, sans en informer son père. Ce père qui dresse leurs emplois du temps quotidiens interdit tout contact avec des païens, des catholiques non pratiquants, même si cela doit exclure le grand-père...Extrait :"Avant, notre chauffeur, Kevin, venait d'abord me prendre aux Filles du Coeur Immaculé, puis nous allions chercher Jaja à St Nicholas. Jaja et moi déjeunions ensemble en rentrant à la maison. Maintenant, depuis que Jaja suivait le nouveau programme pour élèves doués de St Nicholas, il avait des cours après l'école. Papa avait modifié son emploi du temps mais non le mien, je ne pouvais donc pas l'attendre pour déjeuner avec lui. Je devais avoir déjà mangé, fait ma sieste et commencé à travailler quand Jaja arrivait à la maison.
Néanmoins, Jaja savait ce que j'avais à déjeuner tous les jours. Nous avions un menu affiché sur le mur de la cuisine, que Mama changeait deux fois par mois. Mais il me le demandait toujours, de toute façon. Nous faisions cela souvent, de nous poser l'un à l'autre des questions dont nous connaissions les réponses. Peut-être était-ce pour éviter de poser les autres questions, celles dont nous ne voulions pas connaître les réponses."
Les personnages sont extrêmement bien dépeints, avec leurs complexités. On ressent partout dans cette maison l'influence de l'autorité paternelle, même dans chacune des pensées de Kambili et Jaja, dans chacun de leur pas silencieux, de leur mots à peine prononcés.
Sur fond de crise politique au Nigeria, de révolte étudiante sur le campus où leur tante enseigne, c'est la famille en même temps que le pays qui va connaître des émancipations irréversibles... La fin de l'histoire est inattendue. Bravo !
Le livre est paru en Poche ce mois-ci. A bon entendeur....
Le site de Chimananda Ngozi Adichie - (en anglais)
La violence tyrannique d'un père - Lire.fr
L'avis de la Livrophile - Conduite en état livresque
L'avis de Jo Ann - Le Marque Page de Jo Ann
L'avis de Rikiki - Arlette à Malo
Libellés : Afrique, Littérature étrangère, Livres, Ngozi Adichie Chimananda
20 Commentaires:
Un premier roman déjà récompensé ! c'est bien si en plus elle a à peine 25 ans ! Je le note celui-ci.
mardi, 31 octobre, 2006
Oui, du moins, c'était son âge quand elle a écrit le livre (paru en 2003 dans sa version anglaise je crois)...
mardi, 31 octobre, 2006
Après avoir lu ton article je suis allée l'emprunter à la bibliothèque. Je me réjouis d'avance !
mercredi, 01 novembre, 2006
Aaaaah, ça fait plaisir ! J'espère que tu vas vivre un bon moment de lecture en sa compagnie.
mercredi, 01 novembre, 2006
Merci de ce conseil j'étais déjà tenté mais avec ta critique je suis convaincu
dimanche, 05 novembre, 2006
Ah oui, je confirme, c'est un super moment de lecture.
dimanche, 05 novembre, 2006
@ Hervé : Trop heureuse... J'espère que tu seras le prochain conquis par Chimananda !
@ Gambadou : J'ai cherché sur ton blog tes impressions sur le bouquin, j'ai rien trouvé, snif... Merci de la visite !
lundi, 06 novembre, 2006
Bon je me demandais ce que j'allais lire après mon nouveau Mahfouz (les milles et une nuits, à lire !)et bah c'est tt trouvé !
Ca m'a refait pensé à un roman que j'ai lu de Calixthe Beyala : Assèze l'africaine...tu l'as lu ? C'est pas la même histoire, mais ça m'y a fait penser. Je te mets le lien du site de Calixthe Beyala : http://calixthe.beyala.free.fr/
A bientôt. Laurette
mercredi, 08 novembre, 2006
[aahh..... Mahfouz....]
Non, j'ai pas lu Assèze l'Africaine. J'ai dû lire un ou deux romans de Calixthe, dont Les honneurs perdus. C'est bien Assèze l'Africaine ?
Merci ma Laurette !
jeudi, 09 novembre, 2006
Oui c'est chouette. C'est l'hidtoire d'une petite fille qui part vivre chez Awono, un homme riche de la ville, qui l'adopte en quelque sorte (je me souviens plus bien des circonstances). Awono a déjà une fille, une vraie fille de riche avec des goûts de riche. Assèez raconte son quatidien...
jeudi, 09 novembre, 2006
Ca me dit quelquechose ton résumé.........
lundi, 13 novembre, 2006
Je viens de le terminer et j'ai adoré. Merci pour cette idée de lecture !
mardi, 14 novembre, 2006
De rien !! C'est un plaisir de voir que le bouquin t'a plu, et j'espère qu'il va en conquérir encore beaucoup des lecteurs et des lectrices, parce que c'est vraiment un beau roman.
jeudi, 16 novembre, 2006
Ah la! Quel roman que celui-ci! :)
Difficile au début, mais prenant!
Par contre, Lo, je te laisse le site officiel de l'auteure: http://halfofayellowsun.com/index.php :)
mercredi, 29 novembre, 2006
Merci Jo Ann ! Je le rajouterai, tu as raison.
mercredi, 29 novembre, 2006
Et voilà, je viens juste de finir le livre et j'ai adoré ! C'est vraiment un beau roman et j'espère qu'elle en écrira plein d'autres! Merci Lorraine pour cette bonne idée !
Je vais maintenant m'attaquer au Dahlia noir de Ellroy...c'est un autre genre, mais bon, faut varier les plaisirs !
Bisous
mercredi, 24 janvier, 2007
Ca fait trop plaisir ! Je suis contente qu'il t'ait plu. Elle en a écrit au moins un autre (tu peux le voir sur son site) mais il ne dois pas encore être traduit en français...
Tu me donneras des nouvelles du Dalhia noir, c'est un coup de coeur de Lutine !
Zoubis
jeudi, 25 janvier, 2007
J'ai aussi terminé ce roman hier soir.
J'ai eu les larmes aux yeux à certains moments pourtant ce roman ne deviendra pas un de mes favoris.
Pour un premier roman, c'est tout de même un coup de maître!
vendredi, 23 février, 2007
Excellentissime!
lundi, 21 novembre, 2011
Youpi ! Tu as pu savourer ce chef-d'oeuvre... Je m'en vais vite lire ton billet.
lundi, 21 novembre, 2011
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