BLANCHE ET MARIE
de Per Olov EnquistRoman - 260 pages
Traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus
Editions Actes Sud - Janvier 2006
Blanche, c'est Blanche Wittman, une fille "hystérique" internée dès l'âge de 18 ans à l'hôpital de la Salpêtrière à Paris. Elle fut un des sujets d'étude du professeur Jean-Martin Charcot. Il l'aima. Elle l'aima aussi. Et aussi Marie, avec laquelle elle travaille et dont elle nous raconte la vie.J'ai eu quelques difficultés à rentrer dans l'univers de Per Olov Enquist et dans sa forme d'écriture, totalement "littérairement incorrecte". C'était pas évident, il m'a fallu une bonne centaine de pages pour réellement apprécier et me laisser entraîner. Il y a de nombreuses insertions de citations, d'extraits de journaux intimes (réels ? fictifs ?), des flashbacks incessants, une brusquerie dans le ton, le narrateur qui est parfois Blanche, parfois Per Olov Enquist.... Accrochons-nous ! et découvrons un univers médico-scientifique, celui des séances hebdomadaires d'hypnotisme en public à la Salpêtrière, des expériences plus ou moins barbares du professeur Charcot pour dresser la carte des zones hystérogènes ou pour trouver les moyens de stopper les crises d'hystérie (par exemple avec une ceinture compressive sur les ovaires... les ovaires, c'est bien connu... ou alors on opte pour un coup sur le ventre avec le plat d'une épée... un geste à acquérir....)
Marie, c'est Marie Curie, née Sklodowska. Avec Pierre, elle a mené des expériences sur le radium et la radioactivité. Quand Pierre meurt, elle poursuit les recherches, fascinée par la beauté de la lumière bleue. Et puis elle est foudroyée d'amour pour un autre physicien, Paul Langevin, marié et père. A la veille de la remise de son deuxième Prix Nobel, leur relation amoureuse est révélée, de femme scientifique émérite elle devient putain polonaise....
Blanche nous raconte tout cela, la folie de l'amour qui mène de la grâce à la déchéance, qui consume. Blanche est quasiment une femme-tronc après ses multiples amputations. Marie va tomber malade. Biographie mi-imaginaire mi-réaliste de ces deux femmes qui vécurent une autre époque.
de gauche à droite : 1 - Marie Curie ; 2 - Extrait d'une peinture d'André Brouillet montrant Blanche Wittman en crise avec Jean-Martin Charcot à gauche ; 3 - Marie Curie.
Mais Blanche, assujettie à ce type d'expérimentations, admire plus que tout Charcot, qu'elle préfère de loin à ses disciples, comme un certain Sigmund Freud. Le sujet de l'amour la passionne également, alors elle observe Marie, avec qui elle partage les locaux d'un laboratoire. La liaison de Marie Curie avec Paul Langevin fut très brève mais la plus intense de sa vie. Jusqu'à ce que l'Oeuvre, journal qui apparemment faisait déjà dans le people, publia une lettre écrite par Marie à son amant. C'est presque si son Prix Nobel lui sera refusé.
La manière détournée de romancer une biographie qu'a employé P.O.E. est atypique, déroutant. L'histoire comme l'Histoire sont loin d'être inintéressantes, et, derrière ce roman, beaucoup d'aspects méconnus du personnage et de la science à l'époque nous apparaissent. Avec bien sûr une fresque effroyable du statut des femmes, et notamment des femmes considérées comme hystériques.
Notons que l'auteur a à la fois effectué un important travail de documentation et s'est aussi accordé un grand degré de liberté, notamment en faisant se côtoyer Blanche Wittman (qui a certes existé) et Marie Curie. Une rencontre fictive pour une croisée de destins ambitieuse.Extrait :"Une forteresse dans Paris, un château ! La Salpêtrière l'était réellement, et c'est là qu'on rassemblait les femmes qui avaient été troublées par l'amour. Celle qui avaient des moeurs dissolues, les vieillissantes, et celles qui étaient sur le point d'entrer en amour mais que l'impatience avait fait s'effondrer. Elles avaient ceci en commun : l'amour avait joué un rôle pour toutes, et elles avaient été déçues."
Présentation de l'éditeur - Passion du Livre
La physique de l'amour - NouvelObs
Libellés : Enquist Per Olov, Littérature étrangère, Livres



7 Commentaires:
Comme toi, j'ai eu du mal a entrer dans le roman. Mais je n'ai pas eu ton obstination, j'ai abandonné, sans doute à tort quand je te lis.
samedi, 25 novembre, 2006
Je te comprends, P.O.E. ne facilite pas le travail de ses lecteurs.... J'avoue avoir parcouru certaines pages en diagonale.... Quelqu'un qui est intéressé par la thématique, les personnages, la physique, le magnétisme, la psycho... etc, aurait peut-être moins de mal à se plonger dans l'ambiance.
samedi, 25 novembre, 2006
J'ai vu plusieurs téléfilms sur Marie Curie que cela m'enlève la curiosité d'en savoir plus, dommage pour moi.....
mardi, 28 novembre, 2006
Ah oui... Moi, j'avais jamais rien lu ni vu sur elle, j'ai donc appris pas mal de choses, même si le livre porte surtout sur la fin de sa vie. P.O.E. ne dit rien de son enfance, sa vie polonaise.
mercredi, 29 novembre, 2006
Les téléfilms que j'avais vus racontaient surtout la rencontre avec son mari et toute sa vie qui fut consacrée à la recherche ainsi que sa découverte du radium. Mais en effet rien sur son enfance et la Pologne.
jeudi, 30 novembre, 2006
D'accord. En fait ce livre ne s'intéresse pas trop au travaux de Marie, la science physique est en toile de fond. P.O.E. a vraiment focalisé sur les sentiments, l'histoire "parallèle" de Marie Curie pourrait-on dire...
jeudi, 30 novembre, 2006
J'ai cité votre analyse dans un article sur Marie Curie que vous pourrez télécharger bientôt sur le site www.adamap.fr dont je suis le webmaster.
Je vous signale que j'ai ouvert un site personnel www.jfma.fr sur lequel j'exerce ma fantaisie créatrice.
Je regarde de temps en temps votre site que je trouve intéressant et bien tenu. Vous faites honneur à la Lorraine dont une branche (Mathieu) de ma famille est issue.
Je vous souhaite un joli mois de juin 2009!
Jean-François JFMA Moreau.
lundi, 01 juin, 2009
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