L'ELEGANCE DU HERISSON
de Muriel BarberyRoman - 355 pages
Editions Gallimard - août 2006
Récits parallèles de deux habitantes d'un immeuble du Paris huppé. Deux femmes que la situation éloigne mais que l'analyse rapproche. Paloma, 12 ans, fille de famille aisée, et Renée, concierge cinquan- tenaire, vivent chacune en décalage avec leur entourage. Paloma, très intelligente, ne supporte plus les dissonances du monde, l'insolence de sa famille. Renée s'isole et cache sa personnalité cultivée aux yeux de ces occupants inélégants, s'efface devant leur suffisance. Détachées mais sensibles, toutes deux observent ce microcosme et souffrent de leurs inconformités. Il faudrait un miracle, ou un nouveau locataire bien différent, pour réveiller d'espoirs ce 7, rue de Grenelle...L'histoire nous dresse le portrait de ces deux êtres qui disent tout bas ce qu'ils pensent très fort. Erudite et douée, Renée et Paloma analysent avec finesse, intelligence et intransigeance les actions des autres. Paloma m'a plus captivée alors que j'ai été peu touchée par le personnage de cette concierge. Pourquoi ? Non pas par l'improbabilité d'une telle personne, mais peut-être par son grand détachement, sa lassitude et son enfermement (elle semble sortir peu de cet hôtel, la seule sortie décrite étant celle de la fin du récit...). Et puis certaines réflexions s'étendent un peu longuement sur des dizaines de lignes...
Mais heureusement, Renée et Paloma nous délivrent également de nombreuses pépites dont on se délecte agréablement.
Extrait :"Le test de la mirabelle s'effectue dans ma cuisine. Sur la table en formica, je dépose le fruit et le livre et, entamant le premier, me lance aussi dans l’autre. S’ils résistent mutuellement à leurs assauts puissants, si la mirabelle échoue à me faire douter du texte et si le texte ne sait gâcher le fruit, alors je sais que je suis en présence d’une entreprise d’importance et, disons-le, d’exception tant il est peu d’oeuvres qui ne se voient dissoutes, ridicules et fates, dans l’extraordinaire succulence des petites boules dorées."
En l'occurence pour ce livre, c'était pas la saison des mirabelles quand je l'ai lu donc je ne sais pas si les mots de Muriel Barbery auraient pû me détourner de ces fruits que j'affectionne au plus haut point... Sans partager totalement l'engoûement blogosphérique à son égard, j'admets que L'élégance du hérisson m'a procuré de bons moments de lecture. La densité du livre comme de ses personnages, le mordant de leurs monologues et la délicatesse des univers vous accompagnent...
On retrouve avec plaisir certains éléments du roman, et les aspirations artistiques et japonisantes de nos personnages sur le blog de Muriel Barbery.
Eloge de la loge - Luc Chatel
L'élégance du hérisson - Critico-blog
Libellés : Barbery Muriel, Littérature francophone, Livres
13 Commentaires:
Ça m'avait déjà tenté mais j'avais oublié de le noter!
lundi, 29 janvier, 2007
Comment ça tu ne partages pas tout à fait l'engoûement blogosphérique ??!! Ahhhhh moi j'ai adoré, et j'en ai mis des tonnes d'engoûement là: http://laetitiaberanger.over-blog.com/article-5110851.html
Laëtitia.
lundi, 29 janvier, 2007
:-) Ben oui, c'est ainsi, je m'attendais à mieux je pense, c'est le problème des livres dont on entend beaucoup parlé avant lecture... Disons que je suis moins enthousiaste que beaucoup de lecteurs-bloggueurs là-dessus, mais néanmoins l'écriture soignée de MB a été une vraie belle découverte et je me plongerais avec plaisir dans "Gourmandises"...
lundi, 29 janvier, 2007
Je te comprends, ça me fait ça aussi parfois ! En revanche, concernant "Gourmandises", j'en ai justement parlé sur le blog de Cuné suite à son article sur "l'élégance du hérisson". Elle m'a répondu qu'elle n'a pas accroché et stoppé sa lecture.
Laëtitia.
lundi, 29 janvier, 2007
Une très gentille et très généreuse personne m'a offert ce roman. J'ai hâte de m'y plonger,et j'arrête de lire les critiques pour me garder une part de surprise. Je n'ai pas lu le tien, j'y reviendrait après ma propre lecture. Par contre j'ai vu avec les coms que tu as été moins emballée que tu ne l'aurais cru...Moi, "La gourmandise" j'avais beaucoup aimé.
mardi, 30 janvier, 2007
Il est vrai que quand on lit trop de critiques élogieuses sur un bouquin on s'attend toujours à mieux et on ressort un peu déçu (même si l'on a aimé) de sa lecture.
Quand j'ai fait l'article de ce livre il n'apparaissait pas encore dans les blogs donc à l'inverse de toi j'ai vraiment découvert ce livre d'où mon enchantement.
mardi, 30 janvier, 2007
C'est ce qui m'est arrivé pour "le temps où nous chantions", je ne l'ai même pas fini et je vais le ramener de ce pas à la bibliothèque...
mardi, 13 février, 2007
De toutes façons, je ne renoncerai pas à me fier à vos critiques, aux articles des blogueurs-ses car grâce à eux j'ai fait de chouettes découvertes...
Pour parler de L'élégance du hérisson, le personnage de la concierge m'a paru un peu trop monotone et je ne m'attendais pas à ça. Et pour l'originalité d'une gardienne d'immeuble érudite, je vois pas vraiment ce qu'il y a d'extraordinaire, elles sont sûrement plus nombreuses qu'on ne le pense, à se contenter de l'indifférence générale au même titre que les femmes et hommes de ménage souvent très diplômés... etc
Je n'ai pas partagé totalement l'engoûement mais j'ai beaucoup aimé le personnage de la jeune Paloma et la plume de Muriel Barbery.
mardi, 13 février, 2007
moi aussi je n'ai pas été si emballée que ça, surtout au début. Le personnage de la concierge m'a un peu énervée, trop fermée, négative, coupée du monde; de plus, comme tu dis, dénoncer un cliché en s'appuyant dessus, c'est pas forcément intelligent. Le trop plein de culture et d'intelligence des deux personnages principaux en font des êtres malheureux qui tournent le dos à beaucoup de choses..;Heureusement, au milieu du livre, on comprend les failles qui expliquent ces attitudes et l'arrivée du nouveau personnage dans l'immeuble donne du souffle au récit et engendre des métamorphoses interessantes.
Mais, moi aussi, je viens de lire ce roman, après avoir lu de multiples éloges dans la presse et sur les blogs. C'est sans doute ça aussi qui fait que j'ai été un peu déçue...
mercredi, 29 août, 2007
Tout d'abord je dois m'excuser par le fait que le français n'est pas ma langue maternelle, ça fait longtemps que je ne l'écris pas, et mes erreurs sont fréquentes.Ce-ci dit: allons'où!
Moi je ne suis pas du tout déçu. Le livre me semble tout simplement de la merde du début a la fin.
La critique l'adore... et cela ne me semble point bizarre.
Pourquoi a-t-il eu autant de succès?
C'est extrèmement simple: les intellectuels littéraires se trouvent devant un livre qui réalise toutes leurs présomptions de supériorité.
Tel est le raisonement:
L'auteur s'identifie a un personage supposé surdoué. Et qu'est-ce-qui le rend surdoué ? Le fait qu'il a lu tous les philosophes et connais toutes les peintures qu'aussi bien l'auteur comme la critique ont lu. C'est vraiment grattifiant de lire un livre ou tu t'identifies avec le protagoniste quand il est surdoué!!!
Deplus la prose est très soutenue:
"C'est fabuleux, croyez-moi, elle utilise les mots "ineffable" et "inique" 200 fois, cela montre qu'elle est nettement supérieure au peuple!!"
Double identification pour tous les étudiants de philo et littérature: La surdouée s'exprime comme nous -> ERGO -> on est surdoués!!!!
En plus il méprise tout ce qui n'est dans la sphère culturelle des intellectuels littéraires.
La science par exemple est totalment méprisée par la supposé surdouée. Et cela tombe bien vue que la critique littéraire c'est des gens qui méprisent la science qui l'écrivent!!!!
Mais bon, ce n'est pas que la science qu'elle méprise. Elle méprise A B S O L U M E N T tout ce qui ne la plait pas sans en raisoner pourquoi.
Quant a l'histoire:
1- Les situations sont souvent forcées de façon médiocre pour pouvoir faire le lien avec les longues dissertations qui en suivent.
2- Au fait rien ne se passe dans le livre, et le message n'est pas trop éclairant nonplus... Ce n'est même pas un essai c'est juste un mépris continuel.
Si vous êtes un "freak" de la culture orientale (comme la plus part des intellectuels français) arrivant presque au racisme anti-occidental, vous avez un grand bagage culturel en philo, littérature et art (et 0% en science ou quoi que ce soit d'autre) et vous méprisez tous ceux qui ne vous ressemblent pas ce libre est MA-GNI-FI-QUE.
Si vous appartenez comme moi "AU RESTE" (ceux qui croient que, peut-êeeetre les films d'Ozu ne sont pas forcemment supérieurs aux autres ) ce livre est tout simplement de la M E R D E.
mardi, 20 novembre, 2007
Déverser autant de haine et dénigrer à ce point un roman en déplorant que l'auteur campe un personnage méprisant, c'est un peu l'hôpital - anonyme en plus -qui se moque de la charité, non ?
mardi, 20 novembre, 2007
J'ai beaucoup aimé ce livre, peut-être aussi pour toutes les références que j'y ai retouvées, et ce n'est pas souvent qu'on retrouve des philosophes dans les romans ! J'ai fait une belle balade dans ton blog qui est vraiment intéressant et que je note désormais.
mardi, 24 août, 2010
Ce sera avec grand plaisir que je lirai tes prochains petits commentaires.
J'ai aussi eu la belle surprise de découvrir ton blog.
mardi, 24 août, 2010
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