Cinéma d'émotions - Heures d'évasion - Echanges inspirés - Zapping critiquable . Livres (peu) aimés et Oeuvres inoubliables !...

14 mai 2007

LA DOMINATION DU MONDE

de Denis Robert
Roman - 345 pages
Editions Juliard - janvier 2006

Klébert est un journaliste déterminé, un homme qui fonce malgré les menaces, se jette dans la gueule du loup, parce qu'il est sûr de lui, jusqu'à agacer. Il enquête sur une société luxembourgeoise, la Shark Company, qui travaille au service des banques et leur permet d'effacer certaines transactions entre clients initiés, pour éviter de remonter jusqu'aux fonds versés, soit, blanchir de l'argent. Au Luxembourg, pays où le ministre de la Justice est aussi ministre du Trésor et du Budget, on peut difficilement lutter contre le crime financier.... Mais Klébert s'est lancé dans la bataille, seul, jusqu'au jour où ses marges de manoeuvre sont tellement réduites qu'il fait appel à son ami, un psychothérapeute qu'il a connu pendant ses études, pour réécrire le livre de son enquête et donner une seconde chance - la dernière ? - à la vérité sur les malversations financières de la Shark Company d'éclater au grand jour et de remettre en cause la domination du monde par les pouvoirs bancaires...
La domination du monde. Un polar qui prend forme au fil des pages. Un thriller financier qui peu à peu nous rappelle une affaire. L'Affaire. Et si Denis Robert nous parlait là, en détail, de son enquête sur l'affaire Clearstream ? Touché. C'est exactement cela, même si on n'en revient pas.
Extrait :
"Eden Blankenberg, ses flics en patrouille, ses brokers et ses brokeuses bodybuildés, ses longues files de lampadaires saumon aux néons blancs, droits comme des bites au garde-à-vous, son soleil qui rouille, ses trottoirs fraîchement refaits garnis d'arbres nouveaux achetés à grands frais à des horticulteurs lorrains. Des ormes, surtout. Les urbanistes ont tout essayé pour adoucir le paysage. En vain. Bienvenue au pays des portes blindées et des angles morts."
Si le lorrain Denis Robert morfle, comme le personnage de son roman, allant de procès pour diffamation (une trentaine !) en procès pour recel d'abus de confiance, il ne lâche pas l'affaire, s'entête avec une détermination quasi incompréhensible, une foi aveuglante en la vérité journalistique. Encore aujourd'hui, plus de six ans après, l'enquête est sa priorité absolue. Et l'information aussi ; c'est la raison de l'existence de son blog.
Tout de même, j'ai du mal à me défaire de l'idée que son roman, La domination du monde, a été un peu étouffé alors que l'affaire Clearstream a, à un moment donné, noirci quelques feuilles de journal et semblait indigner de nombreuses personnes, de celles qui étaient parvenues à comprendre quelquechose à cette nébuleuse crapuleuse... La complexité de l'information en arrange certains.
D'ailleurs, le système de la chambre à compensations de Clearstream aurait servi à fermer l'usine Daewoo (voir L'affaire Clearstream racontée à un ouvrier de Daewoo) dont Dominique Manotti parle dans son "docu-thriller" Lorraine Connection... Denis Robert, tout comme le Klébert du roman, est persévérant, tenace. Jamais il ne perd son ambition car il est déterminé à faire savoir combien le pouvoir financier détient les rennes des fermetures d'usine, et pourquoi briser le secret conduirait à la mort du capitalisme financier actuel. Et freinerait grandement les actes terrorristes de grande ampleur.
Pour Denis Robert, le roman peut aussi être le refuge d'écrits journalistiques qui ne trouvent pas leur place ailleurs, afin d'exposer plus précisément et plus librement, sous le prétexte de la fiction, le réel quand il prend des formes illégales, secrètes et protégées. Un livre utile qui enseigne, et qui, de surcroît, est bien écrit.

Boîte noire et flux occultes - Interview de D. Robert - Fluctuat.net
L'avis de Pierre Assouline - La république des livres
Vidéo Canal+ - Denis Robert et l'affaire Clearstream

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