COMPTINES ASSASSINES
de Pierre Dubois Contes - Nouvelles - 305 pages
Editions Hoëbeke - Avril 2008
Ou comment les histoires de nos veillées d'enfance sont revisitées en contes élégants de cynisme.
Dans une langue très travaillée, avec des phrases ciselées, Dubois nous donne à lire des histoires grinçantes à souhait, qui ne laissent aucun doute sur le plaisir malicieux qu'a eu l'écrivain érudit en matière de légendes et de contes classiques. Avec un talent fou, il crée des ambiances tantôt fantastiques tantôt réalistes, très britanniques ou assez provinciales.
Si je n'ai pas apprécié les huit contes de la même manière - Croquemitaine ou La vieille femme qui habitait dans un soulier m'ont laissée de marbre, sans doute par des références qui m'échappent - je reconnais sans difficulté que je me suis régalée à la lecture de la plupart de ces histoires cruelles et pleines d'humour. Pierre Dubois ne nous ménage pas la tâche : non seulement on doit se remémorer des souvenirs de lecture (ou d'écoute) mais le tout nous est servi accompagné d'un vocabulaire vraiment riche : dans Comptines assassines, vous croiserez des macfarlanes à mantelet, des lycanthropes, une flore rudérale, des hétaïres et autres goulves....
Extrait :
"Il était une fois, il n'y a pas si longtemps, en ces temps incertains quand les horreurs de la Grande Guerre avait réduit celles du Grand-Guignol à d'innocentes pitreries de patronage, un tueur d'infirmes. [...]
Au crépuscule, lorsqu'une indéfinissable impression de petite mort venait embuer les vitres, que la voix cinglante d'un précepteur sadique et claudiquant remontant d'une enfance esseulée scandait en frappant "Ne remets pas au lendemain ce que tu dois faire le jour même", que ses propres ronrons l'étouffaient au fond de ses coussins, Chat sentait l'appel impératif du dehors l'envahir. [...]
Chat chassait. Par les ruelles chaotiques des banlieues populaires, les corons pouilleux, par les rues tranquilles des quartiers modestes, les avenues bourgeoises, les havres cossus des allées residentielles où les familles privilégiées ne laissaient sortir leurs "ratés" qu'une fois l'obscurité tombée, et par la porte de service. "
Et puis, ce pauvre Georges Boutonnet qui s'en va chez sa mère pour le repas dominical et qui tombe sur son chemin dans le piège tendu par Blanche Neige, ça ne peut pas se refuser (Les musiciens de la ville de Brême). Pierre Dubois y mélange l'histoire du chaperon rouge à celle d'autres contes, et c'est délicieux, jusqu'au dénouement plus que surprenant !
[merci Cécile !]
Libellés : Littérature francophone, Livres, Nouvelles

7 Commentaires:
Je ne sais pas si je vais me laisser tenter. Je suis un peu trouillard!!!
mardi, 06 mai, 2008
Oui mais c'est très drôle en même temps ! Bien plus que Funny Games...
mercredi, 07 mai, 2008
Moi, j'aime bien la couverture ;-) et ton commentaire est plus qu'engageant : je ne lis pas trop habituellement de receuils de nouvelles, mais "ce petit plaisir démoniaque" me tente bien !!
jeudi, 08 mai, 2008
C'est vrai que la couverture ferait presque peur, mais ce que tu en dis me tente bien ! ;-)
vendredi, 09 mai, 2008
J'aimerais bien avoir vos avis à vous deux sur ce livre. Pierre Dubois m'a convaincue, en plus, il n'en est pas à son premier coup d'essai, il récidive car il avait déjà écrit "Contes de crimes" dans la même veine apparemment... Il est vraiment fou ! ;-)
lundi, 12 mai, 2008
Je viens de le finir et je l'ai vraiment adoré ^^
Je me demandais qui avait fait cette couverture si particulière et bien c'est Jean-Baptiste Monge (j'adore cet illustrateur ^^).
dimanche, 18 mai, 2008
Intéressant d'avoir ton avis (je viens de lire ton blog). C'est marrant, on a nos petites nouvelles préférées, et je partage ton enthousiasme avec "Les musiciens de la ville de Brême"
vendredi, 23 mai, 2008
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