Cinéma d'émotions - Heures d'évasion - Echanges inspirés - Zapping critiquable . Livres (peu) aimés et Oeuvres inoubliables !...

22 mai 2008

L'OMBRE ET LE FARD

de Brice Torrecillas
Roman - 100 pages
Editions Le Cherche Midi - mars 2003

Il est fasciné par les femmes, par le soin qu'elles peuvent apporter à leur maquillage. De ses conquêtes, il conserve systématiquement les empreintes de leurs lèvres maquillées comme autant de labels rouges de sensualité. Il est raide dingue amoureux de sa Pharaonne, fardée à la perfection. Le regard qu'il porte sur elle, et sur les autres aussi, c'est celui d'un homme subjugué qui décèle la beauté des détails n'échappant ni à son intransigeance ni à son romantisme.
Comment dire.... Impossible d'être objective, les mots vont me manquer, ne seront jamais aussi justes qu'il le faudrait pour décrire toute la beauté et la brillance de ce texte court qui m'a impressionnée et émue. Comme une évidence. Comme les paroles d'un homme à l'extrême romantisme que l'on boirait sans voir le temps passer.

"Dans l'album que je feuillette, pas la moindre photo. Juste des empreintes de bouches. J'ai classé dans des pochettes transparentes des morceaux de Kleenex froissés, des pans de nappes en papier, des Post-il où mes maîtresses ont apposé le sceau de leurs lèvres peintes. [...]

Les pages du classeur défilent. Impossible de confondre ces taches que leurs auteurs aux-mêmes ne sauraient reproduire fidèlement. Striées de minuscules sillons, elles diffèrent par leurs formes, ovales, arrondies, proches du losange ou dessinant un coeur. Les lèvres plus ou moins charnues évoquent un accent circonflexe, les capitales M ou W, ou encore ces esquisses d'oiseaux résumés à leurs ailes. Quelques-unes ont mal imprégné la feuille, les commissures disparaissent, on devine de la retenue, de la timidité. D'autres sont imprimées en toutes lettres, pourrait-on dire tant leur détermination est lisible ; elles ont marqué leur territoire, frappé du poing sur la table, mordu plus qu'embrassé."

Se maquiller, un acte futile dirait-on, une preuve de superficialité pourrait-on entendre. Certes oui, mais autour d'un thème aussi léger, Brice Torrecillas parvient magnifiquement à faire un petit bijou, un roman joli, tendre, mais juste et qui évoque aussi l'acte de maquillage comme une action non anodine. Il lui donne une valeur insoupçonnée, tentant de comprendre ce que les femmes peuvent y trouver d'apaisement, d'assurance, de lutte (quand une femme détenue se maquille chaque jour, la séduction n'en est pas la cause, c'est bien évidemment ailleurs qu'il faut la chercher...).
Impossible alors de comprendre pourquoi il n'est nulle part cité sur la blogosphère livresque, et de conclure autrement que par : un livre à lire et relire et savourer jusqu'à la dernière lettre.
photographie : ©Jean-Jacques Ader

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4 Commentaires:

Anonymous alain dit...

Tu es très convaincante. C'est noté. Même si ma pile de livres est déjà haute.

vendredi, 23 mai, 2008

 
Blogger Lo dit...

Merci pour ta confiance, ça me flatte !! Faut le lire, vraiment... Il paie pas de mine ce petit bouquin, mais il vaut son pesant de sensualité, de charme, d'intelligence, de vérité, de naturel..... Bon aller, j'arrête là ! ....

vendredi, 23 mai, 2008

 
Anonymous Georges F. dit...

Merci de nous avoir parlé de ce texte de façon aussi pudique et sensuelle. De tels livres deviennent de plus rares, de tels commentaires aussi.

samedi, 24 mai, 2008

 
Blogger Lo dit...

Merci surtout à Brice Torrecillas, qu iécrit lui avec pudeur et sensualité... Merci Georges f. pour ton passage par ici...

lundi, 26 mai, 2008

 

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