Cinéma d'émotions - Heures d'évasion - Echanges inspirés - Zapping critiquable . Livres (peu) aimés et Oeuvres inoubliables !...

11 octobre 2008

PORT-MELO

d'Edem
Roman - décembre 2005
Editions Gallimard - 180 pages

(dans la collection honteusement intitulée "Continents Noirs"...)
Grand Prix littéraire de l'Afrique Noire - 2006
A Port-Mélo, une ville d'une côte africaine, des personnages s'entrecroisent dans un univers de terreur sourde. Il y a la vieille Mère Cori, dont l'homme parti il y a longtemps n'est jamais revenu, Christophe Mélo et Joséphine, étudiants souffrant comme cette jeunesse sacrifiée, Orpheus le chef de la P.J. qui se lance à la recherche de Manuel. Ce dernier s'intéresse de près aux victimes que la dictature a tuées à Port Mélo. Il tient à jour un carnet où elles sont répertoriées. Chaque jour, on en retrouve échouées sur la plage...
Edem est togolais, et ce n'est pas par hasard qu'à travers Port-Mélo, on peut retrouver assez facilement une inspiration de la capitale Lomé. Ville côtière où il ne fait pas toujours bon vivre, capitale qui voit son wharf* laissé à l'abandon, qui retrouve de temps à autres des cadavres échoués sur la plage suite à des morts mystérieuses pour certains, des suicides par noyades d'après le régime en place, des réglements de comptes politiques pour d'autres (encore au mois d'août dernier, était retrouvé le corps du ministre Atsutsè Agbobli sur la plage loméenne...)

Extrait :
"Le pays est une joue traversée par un méchant coup de lame, il en porte la cicatrice comme un refus de l'oubli."
Edem a un sacré style. Sous forme de fiction, il écrit de sa plume poétique et violente, un roman-fable dans lequel qui connaît Lomé peut retrouver certains éléments réalistes. L'histoire des personnages est souvent mystérieuse, leur quotidien étant difficilement palpable. Il s'agit plûtot de leurs pensées lancinantes influencées par leurs peurs et leurs souvenirs.

Extrait :
"Une image de solitude, le vieux wharf creusant le jour loin des regards, du soleil et des mouvements de la ville. Par-delà les plans et les folies de l'heure et de l'histoire, viré, le wharf, des remous du présent, un machin dont personne ne veut, jeté sur le sable, le trottoir, un disque rouillé dont le soleil, la ville et les badauds ont oublié les tours et retours. les badauds du Port ne peuvent d'ailleus pas évoquer cette histoire, ils sont nés quand déjà le wharf écrivait son histoire solitaire, en marge du soleil et des routes. Il n'était déjà que silence et rouille lorsque cetted génération de la douleur et de la colère a posé ses yeux et son cul troué sur Port-Mélo... La colère parce qu'on retrouve bien souvent des corps flottant dans l'eau autour du wharf."

Alors c'est vrai, ce ne fût pas une lecture aisée, mais même si des allusions m'ont sans doute échappé, c'est un livre brillant qui m'a touchée.


© Lo - Lomé - Août 2008

* Le wharf, c'est cet appontement qui s'avance dans la mer, dédié à l'acheminement de marchandises depuis les bateaux jusqu'à la terre ferme sur rails. Construit à Lomé sous l'ère coloniale, il est devenu désuet depuis l'inauguration du port autonome de Lomé.

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