LE COLLIER DE PAILLE
de Khadi HaneRoman - 250 pages
Editions Ndzé - 2002
Editions Poche Pocket - septembre 2009
Prix spécial du Jury - Noma Award Publishing
Dakar, 1e octobre 1999. Une jeune femme est de retour chez elle. Cadre dans une ONG, femme volontaire et émancipée, elle n'est à présent plus la même, malade et pensive. Sa dernière mission, qui l'a éloignée pendant 10 jours de son mari Karim l'a conduite dans le village de Niakhane avec l'équipe qu'elle dirige pour la construction d'un dispensaire. Mais à Niakhane, dans le pays sérère, malgré les traditions respectées à la lettre qui la cantonnent à vivre parmi les villageoises et à se plier aux moeurs sexistes, elle va vivre le plus grand choc passionnel de sa vie, un attrait violent pour un villageois discret et laborieux, Diogoye. Comment vivre après ça ? Qui est Diogoye pour rendre cet amour interdit encore plus impossible ?
On aurait pu le craindre mais Le collier de paille est loin de n'être seulement qu'une énième histoire d'adultère brûlant. Khadi Hane a fait de son personnage principal une citadine moderne qui transpire le féminisme, le désir de justice et la détermination, en lutte perpétuelle contre les coutumes dégradantes et les interdits liberticides. De cette femme contemporaine, courageuse, tourmentée, qui revient sur sa vie, on apprend beaucoup des sociétés sénégalaises . Parce que sa meilleure amie Claire a été trompée par son mari, elle a durement reproché à ce dernier cette infidélité. Or maintenant c'est elle qui vit une passion, cette douleur de faire du tort à Karim son mari. Alors, son mariage, elle y repense, comment les festivités ont été prises d'assaut par sa tante Atsou, comment les femmes l'ont humiliée pour qu'elle se prépare comme il se doit pour être "livrée" à son mari au soir des noces, comment la preuve de sa virginité, perdue depuis longtemps, était attendue au matin par la famille, vautour chassant son intimité.
Extrait :"Je croyais mon calvaire achevé, il ne faisait que commencer. Ma surveillante me couvrit d'un grand pagne noir, me fit chausser des sandales en plastique. Les quatre femmes se placèrent devant moi, en me tournant le dos. Ma surveillante m'entoura d'un bras à la chair pendante et m'ordonna de suivre les autres. Elles entonnèrent une belle mélodie en wolof et nous nous dirigeâmes vers la cour intérieure de notre maison. Ma surprise atteint son paroxysme qund, sans m'en rendre compte, je me retrouvai au milieu d'une foule entassée en un cercle exigu."
Si notre héroïne vit dans l'aisance, le bonheur auprès d'un mari aimé, qu'elle a choisi fièrement, le jour où un autre amour s'annonce dans sa vie, quand la passion la consume aussi bien que l'homme qu'elle convoite, il lui en faut plus. Que le paysan Diogoye soit marié à deux épouses, que le chef du village l'épie et lui interdise fermement cette relation impensable, cela ne l'arrête pas ; elle reste sûre que cet amour, bien qu'interdit, est le plus légitime.
Le collier de paille est le cri d'une femme africaine déchirée entre l'envie de ne pas offenser la culture de ses parents ou des régions rurales de son propre pays, et le souhait de vivre simplement, selon ses certitudes et ses désirs, certaine que le carcan des traditions empêche le véritable amour d'exister entre 2 personnes en Afrique. Constat cinglant ; regard engagé. Un récit de colère, de passion et de remise en question. Et une incroyable immersion dans une Afrique complexe, qui mêle parfois difficilement modernisme et culture ancestrale. _________[merci au Blog-O-Book !]
.Interview de Khadi Hane - Grioo.com
Libellés : Afrique, Littérature francophone, Livres
8 Commentaires:
Sur le même thème : tradition et modernisme mais sur un tout autre sujet, j'ai bcp aimé le livre de Moussa Konaté : "la malédiction du lamentin"
dimanche, 04 octobre, 2009
Merci de la sugestion Alain, je note !
lundi, 05 octobre, 2009
Je note ce livre...
samedi, 17 octobre, 2009
Très belle analyse. Plus complète que la mienne. Ce livre lu récemment continue de me remuer. Une réflexion intéressante sur l'adultère. Je me suis surpris révolté et choqué par la démarche du personnage principal, alors que l'adultère masculin mis également en scène de manière aussi probante m'a moins interpelé. De ce point de vue, je trouve que la littérature sénégalaise offre une évolution intéressante du regard de la femme sénégalaise sur sa société en partant de Mariama Bâ, Aminata Sow Fall, Ken Bugul, ou Khadi Hane que je découvre...
lundi, 19 octobre, 2009
Bon je commence à croire que j'ai été la seule à ne pas aimer....
dimanche, 25 octobre, 2009
@ Gangoueus : Merci ! J'aime beaucoup l'article de ton blog et les réflexions qui se sont iniciées.
C'est chouette, j'ai encore beaucoup d'auteures sénégalaises à découvrir...
@ Vanillabricot : Sûrement que non ! C'est vrai que les aspects 'eau de rose' ou 'harlequin' comme tu dis, c'est un peu gênant, mais je ne me suis pas arrêtée à ça. La force intérieure de l'héroïne m'a fait oublier les passages un peu moins convaincants...
dimanche, 25 octobre, 2009
L'illustration en couverture aurait pu être de toi ! ;D
vendredi, 30 octobre, 2009
Hmmmmm.... j'aurais été fière de moi si c'était le cas ! ;-)
vendredi, 30 octobre, 2009
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