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11 décembre 2010

LE CONFLIT, LA FEMME ET LA MERE

d'Elisabeth Badinter
Essai - 250 pages
Editions Flammarion - février 2010

Elisabeth Badinter est en colère. Elle se fait l'avocat du diable pour énumérer ce qui, dans la société actuelle, tend à ramener les femmes vers de plus fortes obligations maternelles, provoquant un conflit sous-jacent entre la citoyenne femme et la mère exigée. Mais elle n'y croit pas une seconde à ce bien-fondé du retour à la naturalité (éloges de l'allaitement par La Leche League, dogme de l'instinct "maternel", retour d'une vague d'accouchements sans péridurale et/ou à domicile, investissement total du temps de la mère pour son bébé...). Et au contraire, elle veut nous alerter toutes et tous sur une des conséquences : de plus en plus de femmes renoncent volontairement à être mères pour ne pas devoir faire face aux exigences de maternité, parfois difficilement compatibles avec les autres exigences sociales et professionnelles.
A l'heure où la maternité est davantage un choix, une décision du couple, ce dernier doit en assumer les conséquences sans faille, avec toutes les compétences requises. Mais à l'heure où l'on parle de parité et de partage des tâches ménagères, Elisabeth Badinter craint que la question de l'enfant ne renvoit trop à la maternité et aux seuls devoirs de la mère envers son enfant.
Dans un premier temps, il est difficile de ne pas trouver excessives les dénonciations de l'auteure. Si les extrêmismes doivent être bannis, la liberté de choix des femmes pour leur maternité devrait toujours subsister. De quel droit leur imposer une surmédicalisation de l'accouchement et l'abandon de l'alimentation de leur enfant au sein tant qu'elles le souhaitent ?
Extrait :
"Le maternalisme tant prôné n'a pour l'heure engendré ni matriarcat, ni égalité des sexes, mais plutôt une régression de la condition des femmes. Régression consentie au nom de l'amour que l'on porte à son enfant ; du rêve de l'enfant parfait et d'un choix moralement supérieur..... Chacun le sait: rien ne vaut la servitude volontaire !.... C'est l'innocent bébé - bien malgré lui - qui est devenu le meilleur allié de la domination masculine."
Mais au-delà, ce que tient à dénoncer Elisabeth Badinter, c'est le risque d'une stigmatisation rampante des mères impliquées dans leurs vies professionnelles et leurs vies de femmes, et qui font des choix pratiques en décalage avec le comportement légendaire de la mère parfaite entièrement vouée au développement de son enfant. Car à trop sacraliser le rôle des mères, à trop demander d'exigences, nombreuses sont celles - c'est le cas surtout en Allemagne - qui risquent d'abandonner tout projet de maternité.
Comme à son habitude, la philosophe illustre son propos de nombreux exemples et compare les situations dans les différents pays européens. Il est aussi intéressant d'apprendre l'exception française avec le rôle des nourrices, existant il y a plusieurs siècles, pour allaiter les nourrissons et libérer les mères à leur carrière professionnelle...
Un livre intéressant qui fait réfléchir, d'autant plus qu'il n'apporte pas de nombreuses réponses, en dehors d'une vigilance à maintenir envers les courants maternalistes qui peuvent se révéler aliénants. _______[merci Mélanie !]
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2 Commentaires:

Anonymous alain dit...

J'ai été très agacé par son discours.. Elle oublie de dire que l'allaitement est une chance pour les bébés des pays du tiers monde à qui on veut vendre du lait maternisé..

dimanche, 12 décembre, 2010

 
Blogger Lo dit...

Je crois qu'elle a bien situé son discours pour le cas unique des pays "occidentaux". En tous cas je l'ai compris comme ça, et la situation des femmes des pays du tiers monde est radicalement différente.

dimanche, 12 décembre, 2010

 

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